François Ozon en a fait voir de toutes les couleurs à ses personnages : une mère de famille qui voit son bébé menacé par la lourde présence d’une étrange routarde (Regarde la mer) ; une famille qui part en vrille à cause d’un rat (Sitcom) ; des tueurs punis par un ogre des bois pervers (Les Amants Criminels) ; des jeunes gens qui tombent sous le charme d’un homme machiavélique et inhumain (Gouttes d’eau sur pierres brûlantes) ; une femme qui doit faire face au deuil de son mari (Sous le sable) ; des femmes de tous âges qui mènent l’enquête sur un meurtre (Huit Femmes) ; une romancière fascinée par une jolie bimbo (Swimming Pool) ; un couple qui découvre les lois de l’irréversibilité (5 X 2) ; et un homme atteint du cancer qui se réfugie dans la solitude (Le temps qui reste). C’est ce dernier qui est désormais disponible en DVD.
Comment avez-vous supervisé le DVD ?
François Ozon : En réalité, j’ai gardé les scènes coupées au moment du montage pour en faire un bonus. Souvent, quand on a terminé le montage image, je demande au monteur de mettre de côté toutes les scènes qu’on n’a pas utilisé et, des fois, de refaire un montage. On a fait ça notamment sur ce film avec des plans qui n’étaient pas des séquences entières, donc on a refait un montage qui donne plus l’impression de séquences en soi. Autrement, l’exercice du commentaire audio, on m’y force à chaque fois (rires). Ce n’est pas toujours un plaisir pour un réalisateur de devoir dire ce qu’il pense de ses films. Je suis également intervenu sur le making-of que je n’ai pas trop censuré.
Le temps qui reste peut être vu comme un prolongement de La petite mort, un court-métrage que vous aviez réalisé des années plus tôt et qui tournait exactement autour des mêmes thèmes : la photo, l’homosexualité, l’incommunicabilité avec le père, le rapport avec la sœur. Hasard ou coïncidence?
Sur Le temps qui reste, on me parle beaucoup de Rohmer, qui a d’ailleurs vu le film. Il m’a envoyé un petit mot pour me dire qu’il était très touché. C’est Marie Rivière qui m’a dit qu’il souhaitait le voir, donc je lui ai fait parvenir un DVD. Et le fait qu’il ait apprécié m’a beaucoup ému. Pour revenir à La Petite mort, je ne me pose pas vraiment la question. J’ai plutôt tendance à oublier. Alors, après le tournage, il arrive que je me rende compte qu’il y a des plans qui reviennent comme des obsessions. Pour être franc, je n’avais pas vraiment pensé à La Petite mort en écrivant Le Temps qui reste, mais c’est au moment de tourner que je me suis rendu compte qu’il y avait des similitudes. En général, je n’essaye pas trop d’intellectualiser ou de théoriser mon cinéma, je laisse ce boulot aux journalistes. Quand je fais un film, je ne sais pas trop à quoi ça va ressembler d’autant qu’on peut partir dans plein de directions au tournage comme au montage. Une première version du Temps qui reste faisait 1h45. Là, il ne dure qu’1h25. Beaucoup d’éléments ont été épurés. Au bout du compte, je me suis rendu compte qu’on réécrivait le film au moment du montage et qu’il prenait vraiment son sens à cet instant-là. J’essaye au maximum de faire des films différents afin de ne pas les classer dans des genres. Cela fait partie de ma personnalité.
