INTERVIEW. Danny Boyle – « Trance » : « Je veux m’éclater »

Le réalisateur Danny Boyle aime fréquenter différents genres pour capter des états émotionnels avec une multiplicité des régimes d’images, une utilisation des couleurs au bord de l’irréel et des mouvements de caméra déformant les perspectives. Alors que « Slumdog Millionnaire » et sa pluie d’Oscars auraient pu le contraindre à des choix plus consensuels, le réalisateur de « Trainspotting » continue de surprendre en fonctionnant à l’instinct. Après « 127 heures », sorte de survival immobile avec James Franco emprisonné au fin fond d’un canyon, il propose de tordre les codes du film noir avec « Trance » et semble pour la première fois depuis longtemps renouer avec le cinéma qu’il pratiquait dans les années 90. Cette impression est confirmée par la présence de son ancien scénariste John Hodge, déjà auteur de « Petits meurtres entre amis » et « Trainspotting », qui n’avait pas travaillé avec Boyle depuis « La Plage ». Par son sens de l’esbroufe, Boyle donne l’illusion que le film créé une connivence avec le spectateur pour mieux le manipuler au gré de nombreux coups de théâtre. Surtout, il cherche la meilleure façon de raconter une histoire et se soucie du confort du spectateur, dans le choix de la bande-son, des acteurs et de l’intrigue.

Comment est né « Trance » ?
Danny Boyle :
A la base, tout vient de Joe Ahearne qui dans les années 90 m’avait envoyé une première mouture du scénario de « Trance » et j’avais trouvé ça génial. En fait, je pensais qu’il m’était destiné mais en réalité, il voulait le réaliser lui, sans en avoir les moyens. Du coup, Joe en a fait un téléfilm et je voulais absolument reprendre le concept pour en faire un remake. C’est une histoire qui m’a instantanément plu parce qu’elle implique beaucoup de danger, de dégâts, de rebondissements. La femme fatale s’y inscrit aux antipodes des lieux communs Hitchcockiens : elle est brune et métisse et non blonde et froide. Il y avait là une possibilité de jouer avec les codes de différents genres : science-fiction, film noir… Cela rejoint un peu le principe de la mise en abyme, avec plusieurs films en un seul. Il faut vraiment considérer « Trance » comme une trance et pour l’apprécier, il faut à tout prix aimer le cinéma. La dimension ludique est essentielle dans tous mes longs métrages. Je veux m’éclater et communiquer cette euphorie et cette énergie aux spectateurs.

Entre l’adaptation de « Frankenstein » que vous avez mise en scène au National Theater de Londres, le tournage de « Trance » et la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Londres, comment vous avez réussi à tout gérer ?
D.B. :
Ce sont tous des projets très excitants mais très différents les uns des autres. Lors de la cérémonie d’ouverture, il n’y avait pas de sexe, ni de violence, ni de perversité, il fallait que ce soit plein d’espoir et joyeux. Les jeux olympiques ont demandé une préparation de deux ans et demie. Si vous faites uniquement ça en tant qu’artiste, vous pouvez devenir cinglé. Je n’étais pas seul dans l’aventure : il y avait aussi Rick Smith du groupe Underworld qui a assuré avec moi ces trois projets. Il m’avait filé des morceaux pour « Trainspotting » mais son travail a vraiment évolué en tant que compositeur à partir de « Sunshine » au contact de John Murphy. Je pensais que ce cycle Frankenstein/JeuxOlympiques/ »Trance » le fatiguerait. Finalement, il a assuré comme un dieu.

Vous préparez toujours la suite de « Trainspotting » ?
D.B. :
Oui, avec les mêmes personnages et les mêmes acteurs. Nous essayons de voir comment cette génération-là a évolué en vingt ans. Et les acteurs approcheront de la cinquantaine. Quand je pense que Kelly MacDonald est maman aujourd’hui, ça va tous nous faire bizarre.

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