Interview AALTRA

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Gus de Kervern assure tout seul la promo du dvd d’Aaltra, film qui raconte l’amitié de deux handicapés bien décidés à faire chier le monde. 

Dans quelle mesure êtes-vous intervenus dans l’élaboration du dvd ?
Gustave de Kervern : En fait, les bonus sont majoritairement des sketchs de la télé. On les a choisis par rapport aux thèmes des handicapés. Pialat, on voulait le mettre parce qu’on a eu la chance de le rencontrer une ou deux fois. Il nous aimait bien, on devait faire un film avec lui mais ce projet n’a jamais vraiment abouti parce que c’était trop compliqué. On voulait mettre des choses qui nous avaient fait marrer et qu’on aimait tous les deux.

Ce n’est pas un peu dommage de laisser des sketchs de Groland pour quelque chose qui s’en détache ?
On n’a pas fait de making-of parce qu’on n’avait personne qui nous suivait, on n’était pas assez nombreux. De toute façon, les making-of, c’est toujours chiant ; donc, il fallait bien trouver des bonus à mettre dedans. On a choisi des sketchs symboliques qui nous ont fait rire. Bouli Lanners nous a également aidé. On a essayé de mettre le maximum de choses.

Pour son clip Sunny, ce sont des images empruntées ?
Oui, il nous l’a fait avec des images de pornos des années 70. Vous l’avez rencontré, non ?

Non, mais on a vu Ultranova, son premier long-métrage, qui est superbe. Vous l’avez vu ?
Oui. J’ai beaucoup aimé. J’adore l’ambiance mais je crois que ça n’a pas bien marché… On l’a remis dans notre prochain film. On l’a appelé dernièrement pour savoir comment ça allait. Il nous a demandé où on tournait. On lui a répondu : « Près de la frontière belge ». Il nous sort : « appelez-moi en juillet, je m’emmerde ». On s’est dit qu’on allait lui trouver un rôle dans le prochain film.

Votre prochain film sera dans le même sillage qu’Aaltra ?
Oui. Au niveau de la forme, ce sera quasiment identique mais rien à voir sur le thème, en noir et blanc… Dans certains canards, ils écrivent noir et blanc crapoteux. C’est péjoratif. Il y a même un qui a écrit un côté film de vacances. Justement, on a essayé de trouver une photo assez belle. Comme il n’y avait pas beaucoup de dialogues, il fallait quand même bosser sur l’image, le son… Et on a fait des recherches de grain.

Vous avez utilisé quel type de pellicule ?
C’était du super-16 gonflé en 35.

Et l’émulsion ?
Ça, mon gars, je ne peux pas te dire (gros blanc). Ça contient deux doses de Pastis et trois doses d’eau. Je ne suis pas assez spécialiste. On nous projetait des formats, on disait « ça, c’est bon », « ça, c’est pas bon ».

Pourquoi il a été si dur de monter Aaltra ?
Ça n’a pas été dur du tout, en fait. Cela a été très facile même. On était très étonnés. Au point que j’avais l’impression qu’on partait en vacances et je n’avais pas le sentiment de tourner un film. Je suis arrivé deux jours avant le tournage. On a rencontré notre pote Vincent Tavier qui est un producteur belge qui avait crée sa boîte de prod qui s’appelait « La partie production » et qui avait fait beaucoup de court-métrages avec Benoît Poelvoorde. Il cherchait une idée de long-métrage. A chaque fois qu’on se voyait dans les fêtes, on lui proposait des idées mais ça ne l’intéressait pas vraiment. Et un jour, on lui a dit, on a une idée de road-movie en fauteuil roulant. Ça lui a plu. On s’est dit « merde, on va devoir travailler ». Il nous a dit « écrivez un scénario à base de ça, et moi je trouve l’argent ». Du coup, ça s’est fait en deux mois. Lui a trouvé l’argent auprès d’un notaire flamand, et nous, on a écrit le scénario de 30 pages. Ça s’est fait en cinq mois. C’était assez facile, même trop facile…

Et avec 30 pages, c’est facile de construire un film d’une heure et demie ?
Normalement si tu proposes un scénario de 30 pages à qui que ce soit, dans ce métier, en France, tout le monde te dira au revoir, mais il se trouve que Vincent avait flashé sur cette histoire. Tout dépend de la personnalité que tu as en face. Lui voyait le film dans sa tête. Ça suffisait. A partir de là, vu qu’on ne voulait pas faire des dialogues à la mitraillette et pas de mots d’auteur, après c’est une question de lenteur. On voulait faire un film plus lent que ça, plus triste. En fait, sur le tournage, on a improvisé des séquences. Cela s’est révélé plus drôle que ce qu’on pensait faire, mais on est parti comme ça, sans avoir d’idées. Les sketchs, c’est bien, mais ce n’est pas du tout le cinéma qu’on aime. J’aime les films d’ambiance, tristes. Je préfère ça à un film comique en général. De toute façon, il y a 95% de films tristes et 5% de films comiques en général, donc bon. On avait véritablement la volonté de faire une chose différente que ce que nous faisions à Groland. Le film Groslandais, on le fera peut-être un jour si on n’a pas de thunes…

C’est là où se situe la réussite du film, c’est qu’il s’agit pas d’un gag étiré mais d’un film très mélancolique.
C’est un sentiment que j’adore. J’étais un adolescent assez mélancolique. Je suis toujours mélancolique. J’ai pas spécialement envie de me marrer tous les jours ou dans la seconde là… Il n’y a rien qui me fait rire quand je vois le monde dans lequel on vit en ce moment. C’est pour ça que j’apprécie quand on me dit cette remarque. On se marre dans les sketchs, ça va, toute l’année, on essaye d’être drôle en trente minutes, et là, Aaltra se rapproche plus de notre vraie nature.

On retrouve également beaucoup de mélancolie dans le film de Bouli Lanners. Vous vous sentez unis dans le même désarroi face à la tristesse du monde ?
Il y a moins d’humour dans Ultranova, il n’y a pas de gags. C’est le plat pays dans son absolue mélancolie et je trouve qu’il a très bien tenu son sujet. J’adore ce film parce qu’encore une fois, c’est un film d’ambiance réussi. Le fait de tenir une ambiance est très dur, je trouve. Nous, quand on est parti avec nos 20 pages, on ne savait pas si on allait tenir. Et Dupontel, qui a adoré le film, nous a dit qu’on avait réussi à tenir le film jusqu’au bout. On avait une chute qui était bien…

(un groupe de touristes débarque dans le salon et couvre notre conversation)

Oh ? C’est pas un peu fini ce bordel ?

(les touristes ne comprennent pas Gus, on est mort de rire, on change de salle)

Quel est ton parcours ? On t’a connu lorsque tu faisais tes chroniques télé chez Arthur ?
Je suis arrivé à la base sur Paris, parce que je viens de l’île Maurice, pour travailler dans le monde de la musique. Mais vu que je débarquais de nulle part, je n’ai jamais réussi à percer. Je me suis retrouvé à faire un peu d’informatique. Après, il y a eu le bras droit de Patrick Sabatier, une Mauricienne elle aussi. Je ne la connaissais pas, mais quand on m’a dit qu’elle était Mauricienne, je l’ai appelé et je lui ai dit « oui, je suis Mauricien, aussi ». Je suis arrivé comme assistant de production sur l’émission Avis de recherches, vous connaissez ?

T’as dû t’éclater, non ?
Ouais, ouais, c’était sympa (rires). Non, je me suis bien marré mais l’ambiance était à chier. Je me suis fait virer au bout d’un an d’ailleurs. Mon collègue, c’était… comment il s’appelle… Marc-Olivier Fogiel

Pas étonnant que tu sois accro à la mélancolie.
Oui, t’as vu. Après j’ai fait « Surprises, surprises » pendant trois ans. « Le Top 50 » aussi, « Le plein de super » qui était une émission de musique aussi. J’ai fait de la radio avec Yvan et Bruno pendant deux ans. Je me suis fait virer aussi. Après j’ai fait Arthur…

Je me suis fait virer…
Non, non, c’est lui qui s’est fait virer. Une vie bien remplie quand même. Groland m’éclate moins maintenant, mais je ne regarde plus. Je ne peux même pas te dire si ça tourne en rond, je ne regarde pas.

Pour revenir au dvd, le sketch Toc-toc rappelle un sketch que vous aviez fait à Cannes où tu étais nu dans un lit et tu disais être en compagnie de Björk alors que tu étais finalement avec Annie Girardot.
Oui, oui, avec Annie Girardot. Ça, c’était à Cannes. On faisait croire que j’étais toujours dans le pieu avec une star. On les a toute faites : Mimie Mathy, Jeanne Moreau (rires). J’étais avec un string en fourrure. Il y avait Antonio Banderas aussi, je faisais croire que j’avais couché avec lui. C’était à l’époque où il sortait Zorro. A la fin du sketch, je faisais un Z de merde en me frottant le cul sur le mur de l’hôtel.

Il y a beaucoup de seconds rôles connus dans le film : Aki Kaurismaki, Benoît Poelvoorde, Noel Godin… Cela a été facile de les convaincre ?
Ce sont majoritairement des copains sauf Aki Kaurismaki. Pour le prochain, on va leur demander de revenir, à Dupontel aussi. A part ça, ce ne sont pas des gens extrêmement célèbres.

Pourquoi Kaurismaki ?
Parce que ces films sont géniaux. On aime bien la personne, on rêvait de le rencontrer. C’était vraiment pour boire un coup avec lui qu’on a fait ça. Kaurismaki est quelqu’un de bizarre. Ça s’est super bien passé mais c’est un ours. On ne peut pas dire qu’on soit vraiment copains avec lui. On croyait qu’il avait arrêté de picoler mais visiblement il s’y est remis. Là il achève son nouveau film dans dix jours et a priori, il serait resté sobre pendant le tournage. C’est un mec qui ne parle pas, qui a du mal à communiquer. Du coup, on baragouine chacun des mots d’anglais, on se comprend mal, mais il nous a fait comprendre qu’il nous aime bien.

Vous avez plus envie de vous diriger vers le cinéma que la télé ?
Si Groland s’arrête, je ne vois pas ce qu’on fait d’autre à la télévision française aujourd’hui. Donc, comme on n’a pas envie d’écrire des sketchs pour Anne Roumanoff…

Ça lui ferait du bien pourtant. Elle n’est pas morte Anne Roumanoff ?
Non, elle n’est pas morte et elle ne fait pas rire malheureusement. Elle a un côté Björk. Pour moi, c’est la Björk de l’humour… Pour revenir au cinéma, on a quand même eu de la chance de pouvoir faire notre film. Dans notre jargon un peu technique, on appelle ça « la grosse chatte » .

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