Derrière son synopsis bateau de slasher forestier – un tueur mort-vivant s’extirpe de sa tombe pour entamer une quête vengeresse et massacrer un groupe de jeune dans les bois – In A Violent Nature vaut surtout pour sa proposition esthétique audacieuse : non pas réinventer le genre, mais le revisiter, en ne filmant non plus du côté des traqués, mais plutôt celui du chasseur, à la manière d’un film de slow cinema rappelant les Gus Van Sant des années 2000.
In a Violent Nature est donc le croisement improbable entre Bela Tarr et Sean Cunningham. Tout le film, ou presque, se vit à travers le prisme impénétrable du tueur. Le temps du film est celui du boogeyman, segmentant le récit en de longues marches mutiques à travers une nature sublime. Les seuls éléments de narration (ou de lore) sont restitués par les bribes de dialogues perçues par l’entremise des sens du tueur, nous épargnant les scènes classiques du genre, ici souvent placées hors-champ. Exit la drague moisie, les engueulades entre protagonistes ou commentaires méta.
Si les acteurs jouent mal, c’est davantage dû au choix du cinéaste de vouloir garder intact l’esprit slasher d’antan, plutôt qu’une erreur dans leur direction. C’est là toute la part muséale du film, quasi expérimentale, qui se vit plus comme la visite d’une exposition (le genre du slasher) à travers un point de vue habituellement hors champ, voire en coulisses, que comme un film d’horreur lambda. Bien qu’ici les scènes de meurtre, savamment orchestrées, font figure de moments de bravoure (du corps d’une yogi retourné sur lui-même à la mise en pièces d’un ranger par une machine à découper le bois).
In A Violent Nature est un film plus proche de Schizophrenia de Gerard Kargl que de Sleepaway Camp, mais il peine toutefois à atteindre les cimes de son modèle. Car Chris Nash lâche la bride dans sa dernière demi-heure, trahissant son concept pour épouser le point de vue de la final girl dans une fuite en avant interminable, pour se conclure sur un gloubi-boulga vaseux d’un personnage tierce sur la « violence de la nature ». Le film, lui, n’avait pas besoin de se montrer aussi démonstratif tant il parvenait déjà à instiguer cette sensation.
Restent des images stupéfiantes, ces déambulations contemplatives du mal rôdant dans une nature magnifique, impassible et cruelle. L’impression aussi d’être dans un jeu vidéo à la troisième personne.



