Il y a 100 ans naquit Jean Lefebvre

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Il y a cent ans naquit Jean Lefebvre. Un artiste génialissime qui, en dépit d’une carrière tristement méconnue dans son ensemble (exceptés Le Gendarme de Saint-Tropez, La 7ème Compagnie et quelques films de Georges Lautner, que retient-on de lui à présent?), conserve une image hautement populaire au sein de notre patrimoine. L’occasion, donc, d’un hommage placé sous le signe de la (re)découverte, et, bien sûr, du Chaos le plus total.

Le Fou du labo 4 de Jacques Besnard (1967)
Après avoir dirigé Louis de Funès (Le grand restaurant) et Serge Gainsbourg (Estouffade à la Caraïbe), le réalisateur Jacques Besnard s’éprend brusquement de Jean Lefebvre, lequel deviendra in fine un de ses comédiens fétiches. Ils entament leur fructueuse collaboration avec Le Fou du labo 4, sorte de Docteur Jerry et Mister Love à la française, où un savant crée – sans le vouloir – un gaz euphorisant. Inégal, mais globalement efficace, le film vaut surtout pour ses acteurs qui semblent jouer comme s’ils avaient sept ou huit ans. Le genre de folie qu’on ne sait (ou ne veut) plus faire aujourd’hui. Dommage.

L’Île au trésor de John Hough et Andrea Bianchi (1972)
Non, Jean Lefebvre n’a pas tourné qu’avec Bernard Menez, Georges Beller ou Jean Roucas. L’acteur en a aussi rencontré de plus illustres, y compris à l’international… Et parmi eux, Orson Welles ! Les deux hommes se sont effectivement donnés la réplique dans une des innombrables adaptations du célèbre roman signé Robert Louis Stevenson, L’Île au trésor, à l’orée des années 1970, sous la direction de John Hough et d’Andrea Bianchi. Alors oui, ce n’est pas la meilleure. Elle n’en demeure pas moins fidèle à l’œuvre originelle et, bien que vieillotte dorénavant, elle se regarde sans déplaisir. À noter que, dans le même temps, Lefebvre s’est également frotté à Richard Burton, sur le plateau de Barbe-bleue, dirigé par Edward Dmytryk et Luciano Sacripanti. Classe. Comme quoi, il n’y a vraiment pas que des navets dans le potager de l’ami Jean !

Le Magnifique de Philippe de Broca (1973)
On oublie souvent que Jean Lefebvre figure au générique de ce chef-d’œuvre signé Philippe de Broca, d’après un scénario de Francis Veber (même si celui-ci demanda à ce que son nom soit retiré). Ici, l’acteur interprète – très brièvement – un électricien, mitraillé par l’agent secret Jean-Paul Belmondo, inénarrable Bob-Sinclar, sur une plage, au Mexique. D’aucuns y voient une «fine» métaphore, celle de l’assassinat en bonne et due forme d’un des représentants du «cinéma de papa» par le nouveau roi du box-office hexagonal. Y a de ça… Une séquence aussi jouissive qu’hilarante.

Le Plumard en folie de Jacques Lemoine (1974)
Improbable film à sketches dans lequel un lit évoque, avec la voix de Roger Carel, différentes histoires dont il a été témoin (!) Et pour illustrer ses différentes scénettes, le «cinéaste» a réussi à convaincre, outre Jean Lefebvre, Claude Gensac, Michel Galabru, Robert Castel, Paul Préboist… sans oublier le couple mythique du Führer en folie, réalisé par Philippe Clair l’année précédente, Alice Sapritch et Henri Tisot. On en connaît qui ont été décorés pour moins que ça !

Y a pas de mal à se faire du bien de Claude Mulot (1974)
On doit à Claude Mulot de sacrées bobines dont les titres parlent généralement d’eux-même : Sexyrella, La rage de jouir, La grande baise, Le sexe qui parle… ou, dans un style plus accessible, Le jour se lève et les conneries commencent avec Johnny Hallyday, film «culte» selon la légende. Admettons. Mais, le «cinéaste» a fait mieux. Y a pas de mal à se faire du bien, également exploité sous l’appellation C’est jeune et ça sait tout, se démarque en effet par un casting dingue (Michel Audiard apparaît à l’écran, une rareté !) et des répliques d’un niveau incomparable: «Le zizi, c’est un muscle. – Ah bon ? – Il faut l’entretenir régulièrement, sinon… Sinon, il s’atrophie. – Ah oui? – Il devient de plus en plus petit. – Ah, dis donc… – Minuscule. – Oh là…Microscopique. – Oooh… » À voir pour le croire.

C’est pas parce qu’on a rien à dire qu’il faut fermer sa gueule de Jacques Besnard (1975)
Sur une idée originale de Christian Clavier, Gérard Jugnot et Thierry Lhermitte, Jacques Besnard parvient à délivrer un des meilleurs films de casse de toute l’histoire (qu’on se le dise!), lequel se passe en majeure partie dans les toilettes de la gare de l’Est, à Paris. Chapeau ! En même temps, Jean Lefebvre, Bernard Blier, Michel Serrault et Tsilla Chelton sont au top de leur forme, les bons mots («Phano, tu le sais bien ! Pour toi, on se mettrait en quatre… – À deux, vous m’emmerdez assez comme ça !») fusent, tandis qu’une chouette composition du toujours aussi talentueux Gérard Calvi illustre l’ensemble. Définitivement, un must !

13 femmes pour Casanova de François Legrand/Franz Antel (1977)
Production ambitieuse, en tout cas sur le papier, 13 femmes pour Casanova réunit ni plus ni moins que Tony Curtis (dans un double rôle des plus irrésistibles), Marisa Berenson, Andréa Ferréol… auxquels s’ajoutent Jean Lefebvre et Gérard Jugnot (!), devant l’objectif de François Legrand, alias Franz Antel, un des papes de la comédie graveleuse outre-Rhin. Le résultat est à la hauteur du personnage, une franchouillle à costumes gentiment polissonne, où, en sus, l’incongru côtoie parfois un ridicule cocasse. Une pépite dans le genre.

Ils sont fous ces sorciers! de Georges Lautner (1978)
Pour beaucoup, ce long-métrage (à l’origine, vendu comme une parodie de L’Exorciste, et dont Michel Audiard devait signer les dialogues) fait un peu tâche dans la filmo de Georges Lautner. D’ailleurs, s’ils avaient le pouvoir de le détruire, ils le feraient sans vergogne. On est, certes, à cent lieues des Tontons flingueurs ou de Ne nous fâchons pas, classiques devant l’Éternel. Il n’empêche, Ils sont fous ces sorciers s’avère être un délire somme toute singulier (deux nigauds se retrouvent ensorcelés après avoir uriné sur un totem sacré) et assez réussi: les comédiens y sont excellents (Jean Lefebvre, Henri Guybet, Daniel Ceccaldi, Julien Guiomar…), le voyage est plaisant (au cœur de l’Île Maurice, pour l’essentiel) et les effets spéciaux, irrésistiblement kitsch, participent à l’euphorie ambiante.

Tendrement vache de Serge Pénard (1979)
Henri Duchemin, veuf, et cultivateur cauchois, est persuadé qu’une vache est la réincarnation de son épouse. Un des films les plus «what the fuck» de toute l’histoire de la production française, à nouveau mené tambour battant par le binôme Jean Lefebvre/Bernard Menez (qu’aurait-on fait sans eux?) Et, à l’arrivée, on rit – quelle qu’en soit la cause – mais pas que, Lefebvre se montrant aussi, ici ou là, sobrement émouvant. Guillaume Canet peut clairement aller se rhabiller!

On n’est pas sorti de l’auberge de Max Pécas (1982)
Après avoir enchaîné les succès avec d’illustres inconnus, le roi du navet Max Pécas se dit qu’il pourrait littéralement triompher en compagnie d’une, voire de plusieurs «stars». Pour ce faire, il choisit donc Jean Lefebvre (pourtant sur la pente descendante), et l’entoure de Bernadette Lafont, Henri Guybet, Marco Perrin, Pierre Doris, Katia Tchenko… Soit, du très lourd! Et, une fois n’est pas coutume, le résultat, sorte de vaudeville campagnard, ne se révèle pas si mauvais que ça pour un Pécas. On se croirait presque dans un film de Christian Gion, c’est dire ! Mais hélas, à l’époque, le public n’y croit guère, et boude quelque peu le produit (577 544 entrées). Finalement, Pécas et Lefebvre auraient peut-être mieux fait de poursuivre leurs péripéties tropéziennes respectives…

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