Dans Il n’y a pas de rapport sexuel, Raphaël Siboni met à nu les méthodes de travail de la pornstar HPG. Le résultat est explosif.
Dans On ne devrait pas exister, son premier long métrage en tant que réalisateur, HPG mettait ses émotions à nu et réglait ses comptes avec lui-même, partant du hardeur déconneur à celui d’acteur qui prenait une claque d’humilité par Rachida Brakni et Marilou Berry. En attendant de découvrir Les Mouvements du bassin, son second film qui promet d’être un grand moment de cinéma-guerilla, vous pourrez voir dès mercredi Il n’y a pas de rapport sexuel, un formidable portrait de la pornstar monté par Raphaël Siboni, entièrement conçu à partir des milliers d’heures de making-of enregistrées lors de ses tournages.
Dans ce portrait, Raphael Siboni ne vous porte pas au pinacle.
Ouais mais ça faisait partie du deal. Sa position est radicale, pas du tout dans la gloriole ni dans les effets. J’aurais été incapable de faire ça. Pour faire un tel travail, il fallait un mec qui ne boit pas, qui ne se drogue pas, qui ne partouze pas, qui n’ait pas une grande gueule, qui ne partage pas mon humour. C’est la vision de quelqu’un qui n’est pas comme moi. Si j’ai autorisé l’accès à mes rushs, en acceptant de ne pas avoir un droit de regard, c’est que j’accepte le fait qu’il va mettre en avant ce que je n’aurais jamais voulu montrer. A partir de là, la question ne se pose plus. Je n’ai pas à être d’accord ou pas, chacun partage sa vision sincèrement. D’ailleurs, on n’est pas copains, on ne s’est pas souhaité la bonne année, on ne part pas en vacances ensemble. Bref, je ne connais pas ce mec… Je n’avais que deux demandes : ne pas parler de pognon – j’ai mes pudeurs – et ne pas choisir des personnes qui ne voudraient pas apparaître sur grand écran. Dans mes contrats d’embauche, je stipule toujours que je peux utiliser mes vidéos sur n’importe quel support.
Quelles ont été les premières réactions?
En festival, Raphael a été menacé de mort par des chiennes de garde locales. Il s’est tourné vers moi mais je me suis cassé en lui disant que c’était son film, pas le mien. Rien qu’en voyant l’affiche, les gens savent ce qu’ils vont voir. J’ai eu beaucoup de retour de nanas me disant que les mecs étaient choqués par ce qui arrivait au jeune black (NDR. Un jeune mec vient tourner une scène hétéro et se retrouve dans un porno gay) et qu’elles-mêmes étaient choquées par ce genre de réactions : au fond, c’est le même problème qu’une fille ne voulant pas se faire sodomiser sur un tournage. Il y a juste que j’emmène ce mec sur un terrain homosexuel. De toute évidence, il est bi – enfin, bon, on ne sait pas trop ce qu’il est… Bien sûr que je le manipule ! Je suis déjà assez con pour laisser sortir de telles images, compte pas sur moi pour les commenter et revenir sur la négativité des actes. Les gens qui me trouvent sympas n’ont qu’à remplacer ce jeune mec par leur gosse, ils verront la situation d’une autre manière. Moi-même, si j’étais papa et que je voyais ma gamine de 18 ans dans un porno, ça me dérangerait. On est rarement assez matures à cet âge-là pour prendre une décision aussi risquée dans une société française machiste. Faire du porno, c’est une décision que tu peux regretter toute ta vie. Avant ça passait sur les chaines câblées, c’était contrôlable et il était encore possible de retirer la scène. Maintenant, même si tu retires la scène, c’est diffusé sur Internet. Et sur Internet, c’est incontrôlable.
La vraie surprise, c’est qu’Il n’y a pas de rapport sexuel est régulièrement hilarant.
Ouais, j’ai vu ça en festival. Lorsque les portes sont fermées et que t’entends les réactions de la salle, tu peux penser que les spectateurs matent une comédie tant les gens se marrent… Cela étant, je ne pense pas que ce soit si marrant que ça pour ceux qui tournent dans mes films traditionnels. Si Cantona voyait la scène où je dirige complètement bourré les deux meufs pour l’histoire de la clef USB, je perdrais toute crédibilité… C’est ce que j’appelle «les tournages du samedi». Je bois et je finis les tournages en orgie. Mon prochain long métrage parlera de ça justement. Je n’ai pas envie de me justifier. Je n’ai pas envie de dire si, pendant les tournages, je suis bourré ou pas. Si les gens pensent que je suis comme ça tout le temps, libre à eux. Il faut laisser la magie du cinéma : suis-je aussi con ou pas ? (il rit).
Il n’y a pas de rapport sexuel sort à un moment idéal où le cinéma ne tolère que le politiquement correct et où Internet autorise une liberté totale en termes de sexualité…
Oui, et on a quand même pu le sortir sans qu’il soit classé X. La pornographie, ça a toujours bien marché. Le mode de consommation masturbatoire est effectivement plus confortable sur Internet. Paradoxalement, mon chiffre d’affaires va beaucoup mieux que lorsque je bossais avec les chaines câblées. Canal+ me rapporte beaucoup moins que la VOD. Peut-être aussi parce que je suis le seul en Europe à faire des films X en 3D avec des mamies et des nénettes aux physiques dits ingrats. Je reste persuadé que si le corps s’affaisse avec le temps, l’esprit devient plus intéressant. Je suis attiré par ce qui me rapporte de l’argent afin de pouvoir faire du cinéma traditionnel. Et quand ça me rapporte de l’argent, ça me fait plaisir. Je suis aussi l’un des plus gros producteurs de films gays depuis des années… Gay, bi, trans, voilà. Chaque scène marque des rencontres. La nudité est fascinante, parce qu’un corps nouveau que tu n’as jamais vu à poil reste fascinant. Quelqu’un qui débarque chez toi pour tourner une scène X, ça interpelle grandement. Mais que je dirige Eric Cantona ou deux gays, je leur parle pareil et j’y mets les mêmes intentions. En fait, le traditionnel, c’est un sport de riche et je ne suis pas du genre à attendre que le CNC m’envoie une lettre refusant le financement. Quand je parle d’un projet, je le fais.
Le résultat dissuade n’importe qui de faire du porno…
C’est comme la drogue : t’auras beau dire, «arrêtez de prendre de la coke». Il suffit que t’écoutes les Rolling Stones puis c’est reparti comme en 40. Quand tu vois un spot de prévention contre la drogue, généralement t’as envie de faire l’inverse. C’est con mais c’est comme ça. Je ne sais pas si Il n’y a pas de rapport sexuel va repousser toutes les petites actrices qui continuent d’être embobinées. Quand t’as l’espoir d’une vie meilleure, cet espoir est si profond que voir ce film ne va rien changer du tout…
Où en est Les Mouvements du bassin, votre second long métrage en tant que réalisateur?
On finit l’étalonnage. Comme d’habitude, sur le tournage, plein de petits trous du cul m’ont emmerdé parce qu’ils avaient des choses à se prouver. Moi, je préfère bosser avec ceux qui n’ont plus besoin de prouver, comme le chanteur Christophe, qui a composé la musique. Son travail est tellement étonnant que ça change parfois le sens de certaines scènes ou alors ça leur confère une incroyable dimension. Preuve que j’ai de la suite dans les idées : j’ai déjà écrit le scénario du prochain film traditionnel. Un vrai film sexe, drogue et rock n’roll. « Le Taxi Driver du film de cul ». Pas de scènes de sexe explicite mais ce sera une bonne façon d’en finir une bonne fois pour toute avec la pornographie.

