De l’annonce du (mis)cast à la promo intensive tricotant une vague liaison entre ses vedettes, tout le projet de ce « Hurlevent » ressemblait à un énorme accident de voiture au ralenti. Il faut dire qu’Emerald Fennell, après deux films de petit malin surcotés (un rape and revenge avec un cerveau et un Théorème pour la génération TikTok), n’a cessé de défendre une vision toute personnelle du roman d’Émilie Brontë, plus proche de la relecture que de l’adaptation pure et dure (d’où les guillemets sur le titre). On ne peut pas dire qu’un énième Heathcliff blanc (contrairement à d’autres seconds rôles du film, curieusement) relève d’une vision très neuve du sujet…
Les premières images semblaient annoncer le croisement d’un Ken Russell et d’une Jane Campion, ce qui, au fond, a tout pour nous séduire. Problème : Fennel voit encore en Wuthering Heights une romance gentiment tragique, se contentant de suivre le mouvement d’un demi-siècle d’adaptations foireuses. Si la récente tentative d’Andrea Arnold, brute et sauvage, était à saluer, il faudrait plutôt citer en réalité sa monture japonaise de 1988, transposition radicale, hautement déplaisante et macabre, qui retrouvait toute la noirceur abyssale de son modèle. Car oui, le roman d’Emily Brontë, bien avant qu’il soit passé au pressing à sec, était loin d’être une amourette tumultueuse. C’était plus une épopée familiale odieuse et cruelle, traversée de personnages soigneusement détestables et dont la seconde partie, pourtant essentielle, n’a jamais survécu sur grand écran. Il y avait donc encore quelque chose à faire, mais il ne fallait pas le demander à Fennell…
Débutant inexplicablement comme un bon vieux Terry Gilliam, avec paysans crasseux et pendu qui bande, ce « Hurlevent » new generation réussit visuellement là où le Frankenstein de Del Toro se loupait dans les grandes largeurs : tourné en 35 mm avec un mélange admirable de décors en dur et de décors naturels habités d’enjambées anachroniques ou organiques stupéfiantes (l’arche servant d’abattoir, le sol rouge laqué semblable à une marée de sang, la chambre « chair »…), des couleurs comme on n’en voit plus, à force d’être gavés par les prods Netflix… Et puis c’est tout. On n’aura même pas la force de taper sur le score de Charlie XCX, finalement plus classique que prévu, qui finit sa course comme une coquetterie de plus.
Pas bien décidée entre grotesque et souffle romanesque, Fennel taille dans les ronces de Brontë comme dans une jungle, l’extirpant de sa portée politique et annulant son terrible récit de vengeance. D’un amour monstre, acte manqué et écorché usé jusqu’à la corde, la réalisatrice de Saltburn ne retient qu’une dark romance, bien qu’elle souligne le caractère peste de son héroïne et préserve le rôle blessé et sournois de la servante Nelly (excellente Hong Chau). Ses minces provocations (Cathy se branlant dans la lande, Isabella réduite à une cruche masochiste…) ne sauraient expliquer l’étrange pudeur du film, probablement tout à fait dans l’humeur de son époque. Margot Robbie et Jacob Elordi s’ébattent comme ils le peuvent, elle en fait trop, lui pas assez, tous deux trop pschiit pschiit Chanel pour emporter l’adhésion. Quant à la conclusion, disons poliment qu’on préfère largement celle d’un Buñuel (qui s’était lui aussi cassé les dents sur cette chère Émilie, preuve que) : quitte à trahir, autant bien le faire. En bref, allons plutôt enfiler une robe rouge et réécouter Kate Bush…
11 février 2026 en salle | 2h 16min | Drame, RomanceDe Emerald Fennell | Par Emerald Fennell Avec Margot Robbie, Jacob Elordi, Hong Chau Titre original Wuthering Heights |
11 février 2026 en salle | 2h 16min | Drame, Romance

![[VOX POPULI] « Comment vous expliquez le pénis géant dans « Beau is Afraid » ? »](https://www.chaosreign.fr/wp-content/uploads/2026/02/vlcsnap-2026-02-12-18h20m48s434-1068x577.png)
![[L’ÉTÉ DU DÉMON] Yoshitarō Nomura, 1978](https://www.chaosreign.fr/wp-content/uploads/2026/02/01-the-demon-1978-1068x628.jpg)