Le WIP (soit le Women In Prison pour ceux du fond) a été longtemps un des chevaux de bataille du cinéma d’exploitation. Alors que le film de prison masculin ou d’évasion, plus rare, plus «noble», vendait un cinéma de bonhomme, l’idée de claquemurer quelques vilaines et les regarder se crêper le chignon tenait du divertissement biscornu et racoleur. Certains y verront l’étalage de fantasmes voyeuristes, et c’était bien l’idée! Mais on peut trouver la chose plus fun, et parfois même plus pertinente, comme la recup du genre par Corman dans les années 1970, qui a donné lieu à des portraits de femmes fortes comme rarement vu à l’époque (The Big Doll house de Jack Hill et autre Cinq femmes à abattre de Jonathan Demme). Difficile de nier par ailleurs que même au sein de ce cinéma de quartier, un monde entier sépare un titre comme Elle s’appelait Scorpion (Shun’ya Itō, 1972), wip baroque à la limite du brûlot misandre et féministe, et Red Heat (Robert Collector, 1985) où Linda Blair se fait tirer le pantalon par Sylvia Kristel en méchante lesbienne soviétique. Franchement, dans les deux cas, on ne s’ennuyait pas…
Victime de redondances et de clichés, le genre s’est laissé mourir dans les années 80. Unique film de cinoche d’un papy pantoufle de la télé, Human Experiments (dit Electro-Choc chez nous) a été l’un des rares à croiser le genre avec de l’horreur pure et dure. Le résultat est, à vrai dire, assez glaçant. La formidable Linda Haynes (morte le mois dernier et ayant quitté les plateaux de cinéma peu de temps après ce film) y incarne une chanteuse de country à qui on ne la raconte pas: croquée merveilleusement en quelques scènes, elle connaîtra pourtant un terrible coup du sort. Il suffira d’un accident, au mauvais endroit, au mauvais moment, dans une séquence glauquissime à souhait qu’on ne déflorera pas.
Accusée à tort de l’exécution d’une famille entière (!!), la voilà derrière les barreaux. On y retrouve ainsi une des grandes marottes du WIP: l’héroïne se doit d’être innocente pour mieux embrasser son sort de martyr. Balayant assez vite les vieux clichés du genre (oui, les gardiennes sont teigneuses et la lesbienne, méchante) pour une approche du genre finalement dénuée de caricature bisseuse, Human Experiments furète vite ailleurs. Si on peut lui reprocher de révéler le pot aux roses très tôt, soulignant le fait qu’une autre aile de la prison sert à des expériences étranges de «rééducation» sur certaines prisonnières, on lui reconnaitra bien des qualités. D’autant que notre pauvre Linda va découvrir les joies du gaslight planifié avec un psy (Geoffrey Lewis, dont le regard de cocker sied bien pour dissimuler de troubles intentions), lui faisant rejouer son traumatisme à loisir.
Le summum sera atteint durant une scène d’évasion atrocement macabre, où la tonne de vermines déversées à l’écran ferait passer le tunnel aux insectes de Indiana Jones et le temple maudit pour une ballade au centre aéré. Au regard de nombreuses séquences (les frictions avec la gent masculine dès l’introduction, l’évincement du plaisir et de l’intimité, la volonté d’annihiler toute agressivité chez les cobayes féminins…), Human Experiments creuse en sous-marin la voie d’une terreur patriarcale: réduire au silence celles qui parlent et qui agissent. Et dans une ère peu optimiste, le film n’hésitera pas à se parer d’un dernier plan formidablement retors, sans jamais piétiner sa parabole naissante. J.M.
Genre: drame d’horreurDurée: 82 min. Réalisation: Gregory Goodell Pays: États-Unis Avec: Linda Haynes, Geoffrey Lewis, Mercedes Shirley |

Genre: drame d’horreur