Huesera, Family Dinner, Something in the dirt: voilà trois films aussi différents les uns que les autres, mais ayant comme point commun d’être diffusés sur la plateforme Shadowz.

Family Dinner de Peter Hengl (Autriche)
Avec son premier plan drone d’une voiture circulant dans la campagne autrichienne, Family dinner commence comme chez Michael Haneke (Funny Games), et on redoute un peu ce qui attend la passagère, une fille en surpoids qui débarque chez sa tante, autrice à succès de livres de régimes amaigrissants. Elle rencontre aussi son cousin Fillip, hostile et mal dans sa peau, et Stefan le nouveau mari de la tante. La suite, qui dérive vers la comédie noire, s’avère plus prévisible lorsque les véritables motivations de la nutritionniste sont révélées après quelques indices empruntés à Midsommar.

Huesera de Michele Garza Cervera (Mexique)
Premier film mexicain, Huesera examine le parcours traumatisant de Valeria, une femme qui décide d’avoir un enfant et découvre des sensations nouvelles, pas forcément plaisantes. Les doutes l’assaillent, renforcés par les réactions hostiles et cruelles d’une famille conformiste. Valeria développe des troubles compulsifs, somatise et hallucine, se croyant suivie par une créature arachnéenne aux os qui craquent. Les effets visuels sont la partie la plus faible de ce film par ailleurs bien senti et qui revêt une utilisation adéquate du genre pour illustrer avec un certain recul critique des traumatismes aux accents autobiographiques. C’est pour se conformer à la pression sociale que Valeria a rompu avec son passé de punk lesbienne, sans être persuadée d’avoir gagné au change. Une troisième voie se présente à elle par le biais de la sorcellerie qui apparaît comme une forme de spiritualité plus acceptable que la superstition catholique de sa famille.

Something in the dirt de Justin Benson & Aaron Moorhead (Etats-Unis)
Ce film inqualifiable fait le job, principalement parce qu’il semble avoir été écrit comme un cadavre exquis, sans souci de destination (on sait d’où on part, mais on ne sait pas où on va), les séquences se succédant sans lien apparent, avec pour principale qualité de perpétuer l’élan qui permet de multiplier les improvisations et de les aligner comme autant de torchons sur une corde à linge invisible. En gros, deux fumeurs spéculent à propos d’un cendrier cassé qui a des reflets bizarres quand il est placé sous un certain angle. La logorrhée qui s’ensuit est enregistrée à la façon d’un found footage et propose une quantité d’hypothèses incluant des extraterrestres et un complot de pythagoriciens. Parfois, les monteurs eux-mêmes sont interviewés pour commenter la tournure que prend le film. Il faut avouer qu’au bout d’1h56, on est soulagé quand ça s’arrête. G.D.
