Vous êtes assis? House de Nobuhiko Õbayashi, que ses fans aiment à appeler Hausu, sort pour la première fois dans les salles françaises le 28 juin. L’histoire d’une lycéenne qui rend visite à sa tante malade en compagnie de six amies. Isolées dans une grande demeure perdue au milieu de nulle part, les jeunes filles assistent à d’inquiétants événements surnaturels une fois la nuit tombée. Triomphe absolu au Japon, le film n’était jamais sorti dans l’Hexagone, l’erreur est désormais réparée. Même si c’est 46 ans après sa sortie d’origine.
On le sait peu, mais House, ce chef-d’œuvre chaos de 1977, a bien été projeté en France, au Festival du film fantastique de Paris en 1978, lorsque Alain Schlockoff passait au peigne fin le cinéma fantastique et d’horreur de l’époque. Qui sont les gens qui l’ont vu alors? Que se sont-ils dits à la vue de la chose? Trop chaos? Trop exubérant? Trop en avance? La carrière du film, en tout cas, s’est hélas arrêtée là. À la fin des années 2000, le film a refait surface en dvd au Japon, circulant également en dvd pirate: on nous aurait donc menti, et des films comme ceux-là seraient capables de rester bloqués dans les égouts de la cinéphilie? Skandal!
Depuis, le film a rejoint les rangs de la prestigieuse collection de Criterion (qui a également édité Émotion, trip fantastique façon Nouvelle-Vague que Obayashi signa à la fin des années 60), sorte de sanctification absolue au pays de l’oncle Sam. En Europe, seul l’éditeur Eureka: Masters of Cinema s’y intéresse. Chez nous, malgré un passage dans un cycle à la Maison de la culture du Japon consacré aux fantômes japonais, plus rien pendant longtemps. Mais le film a fait son chemin, gagné des fans, et même la gueule béante du bakkaneko sur l’affiche du film est devenu une icône du genre. Le destin de Hausu prouve, au fond, que rien n’est perdu.
Autant inspiré par des concepts lancés en l’air par sa petite fille que le succès des Dents de la mer, Obayashi, très tourné vers la publicité dans les 70’s, s’est lancé dans ce blockbuster dément en l’agrémentant d’un merchandising très novateur en son temps. Hausu, c’est un shojo manga qui tourne mal: quel film peut se targuer d’être à la fois drôle et effrayant dans ses absurdités, étonnement sensible dans ses sous-entendus, d’une candeur enfantine et d’une cruauté somme toute adulte, mais aussi puissamment mélancolique? Oui, il faut le voir pour le croire, comme dirait l’autre. Son usage des maquettes, du collage, des surimpressions… Hausu nous fait croire à la magie du cinéma et à sa folie. C’est un cauchemar d’enfant sur grand écran, avec ce que cela inclut de ramifications psycho, d’humour nonsensique, de nostalgie douce-amère et de chemins de traverse tordus. Si Hausu n’a jamais réellement passé nos frontières, le reste de la filmographie d’Obayashi non plus: un cinéma populaire et dense, très ancré dans la teen-romance. On l’a vu par exemple adapter le Black Jack de Tezuka, avec The Visitor in the Eye (1977), L’école emportée de Kazuo Umezu avec The Drifting School (1987) ou encore La traversée du temps de Yasutaka Tsutsui dans The Little girl who conquered time (1983). Toujours du fantastique finalement, ce qu’il a confirmé avec The aimed school (1981), I are you, You am me (1982) ou The discarnates (1988). La sortie en France, enfin!!!!, de Hausu, 46 ans après sa sortie au Japon, est une aubaine pour tous: les vieux cinéphiles qui rêvaient de le voir dans une salle de cinéma et les plus jeunes qui peut-être ne le connaissent pas et auront bonheur à le découvrir… J.M.
