Pendant Halloween, vous ne faites pas comme les autres. Vous êtes CHAOS. Le Chaos a demandé à des journalistes et des fous (des journalistes fous, évidemment) CHRISTOPHE LEMAIRE, ALEXANDRE PONCET, ERIC J. PERETTI, NICO TUBBYTOAST & JOSE PEXA leur double programme chaos de la mort qui tue.
CHRISTOPHE LEMAIRE conseille Thérèse (Alain Cavalier, 1986) / Café Flesh (Francis Délia, 1982)
«Mon petit photo montage express qui résume mon éclectisme cinéphagique en un double programme (probablement) aberrant pour les confectionneurs de Télérama et de Témoignage Chrétien. J’aime ces deux films autant l’un que l’autre ! Thérèse d’Alain Cavalier pour ses non dits troublants et son ambiance reposante et feutrée, Café Flesh de Francis Délia pour ses tout dits troublés et son ambiance de fin de race sans appel d’air. Mais, rassurez vous chers gobeurs d’hosties périmées au gout de sperme rance de Jésus-le-maudit, le cinéma «le Chabot» n’a jamais programmé ces deux films au même programme. Ce n’est hélas qu’un misérable trucage pour fêter le Halloween Chaos-Reignesque !»
ALEXANDRE PONCET conseille Le Jour des Morts-vivants (George A. Romero, 1985) / Diary of the Dead (George A. Romero, 2007)
« Les zombies sont tellement à la mode qu’on en oublierait presque aujourd’hui leurs origines underground. Pour cette sélection d’Halloween, j’avais envie de conseiller deux des meilleures pelloches du genre, mais aussi deux des plus mésestimées et confidentielles. Signé George A. Romero, Le Jour des Morts-Vivants reste, au-delà d’un brûlot politique puissant, une boucherie incomparable, sans doute la plus spectaculaire jamais imaginée par le cinéaste et son maquilleur de génie Tom Savini. Et puisqu’on célèbre dans ces pages un certain chaos, la séquence finale, succession ininterrompue de démembrements incroyablement gore et grand-guignolesques, me semble plus qu’appropriée et pertinente. Injustement oublié en dépit de son jeune âge, Diary of the Dead apparaît comme un complément idéal du Jour des Morts-vivants, d’une part grâce à son travail flamboyant sur le point de vue et sa caractérisation superbement ironique, d’autre part grâce à une créativité étourdissante lorsqu’il s’agit d’imaginer des morts violentes. Personne n’a jamais filmé la chute de l’humanité avec la folie dévastatrice et la gouaille anarchiste de Romero ; ces deux monuments de l’horreur en sont la preuve. »
ERIC J. PERETTI conseille Monsters Crash the Pajama Party (David L. Hewit, 1965) / The Boarding House (John Wintergate, 1982)
« Ou comment s’organiser pour que vos adolescents ne viennent plus jamais squatter votre installation Home Cinema avec leurs amis le soir d’Halloween. Tout d’abord, proposez d’organiser une séance double programme à l’ancienne afin de leur faire découvrir un cinéma sincère, bricolé sur mesure et participatif. Une fois le groupe installé, lancez la séance avec le bien nommé Monsters Crash the Pajama Party (David L. Hewit, 1965) dans lequel un groupe de jeunes filles ont pour mission de passer une nuit dans une vieille demeure lugubre. Elles ignorent qu’un savant fou y mène des expériences défiant les lois de la nature…
Conçu pour être projetée dans une salle qui comporte quelques spectateurs complices, cette ineptie se termine brutalement au bout d’une quarantaine de minutes alors qu’un gorille vient enlever une jeune fille. Le spectacle se déroulait alors dans la salle puisque un assistant portant une pelure simiesque arrachait une spectatrice complice de son siège pour l’amener derrière l’écran, alors que le reste du public poussait des cris de terreur. Si ce gimmick devait déjà être plus que douteux dans les 60’s, il va sans dire que votre apparition dans un pseudo costume monstrueux et votre tentative de recréer le charme désuet de cette performance provoquera un embarras plus que palpable dans le groupe.
Passez ensuite au second film, après avoir expliquer à ces jeunes gens qu’ils ne savent plus s’amuser avec leurs films bourrés de numérique, avec la projection de The Boarding House (John Wintergate, 1982). Il s’agit là de l’un des premiers films d’horreur tourné en vidéo et qui, pour prévenir ses spectateurs les plus sensibles, bénéficie du procédé Horror Vision ! Il s’agit d’une incrustation vidéo, digne des meilleurs clip des années 80, qui apparaît avant chaque scène choc. Le problème est que le film ne comporte rien de choquant. The Boarding House nous présente Jim Royce, qui vient d’hériter d’une superbe maison en Californie. Le fait qu’elle fut le théâtre d’événements meurtriers mystérieux ne l’empêche pas de la transformer rapidement en une grande pension pour jeunes filles célibataires. Très vite toutes les chambres sont occupées et Jim se retrouve entouré de jolies donzelles qui passent le plus clair de leur temps à se prélasser au bord de la piscine. Mais Jim est plus intéressé par le développement de ses capacités mentales que par l’assouvissement de ses besoins physiques. En se concentrant sur les forces de l’univers, il a en effet acquis un don pour la télékinésie. Bon, cela lui sert surtout à faire tourner un pot de fleurs, récupérer le savon tombé au fond de la baignoire ou faire léviter un œuf au petit déjeuner. Et comme si cela ne suffisait pas à provoquer la gêne, The Boarding House ressemble plus, et ce à tous les niveaux, à un porno californien qu’à un film d’horreur. Ainsi Jim se ballade très souvent en string, exhibant sa musculature et son bronzage, alors que ses locataires, lorsqu’elles ne sont pas à moitié nues, arborent toutes des tenues qui ne dissimulent pas grand chose de leur anatomie. Les situations, et les dialogues en découlant, entre les séquences de meurtres, sont totalement aberrants et n’apportent bien souvent rien à l’histoire, qui est elle-même inintéressante et trop confuse pour capter l’attention. La sensation, à la fois excitante et inquiétante, que l’on va brusquement tomber sur un insert gynécologique est encore renforcée par le jeu des acteurs qui se contentent de réciter des lignes de texte tout se mettant physiquement en valeur. Il est certain que votre crédibilité en matière de bon cinéma va en prendre un coup, mais vous serez tranquille l’an prochain pour savourer quelques Fulci, Romero et autres Carpenter. »
NICO TUBBYTOAST conseille L’étrangleur de Vienne (Guido Zurli, 1971) / Sexorcist Devil (Ray Dennis Steckler, 1974)
« Quant j’entends le mot «Halloween», je vois Michael Myers dans Halloween de John Carpenter.
C’est son couteau qui est terrifiant.
Dans L’étrangleur de Vienne (1971) de Guido Zurli, on retrouve ce couteau manié par un maniaque. Un maniaque professionnel. Otto est charcutier. Il adore son boulot. Son objectif : devenir le meilleur artisan de Vienne. Problème : il vient de passer 3 ans en asile psychiatrique. A peine sorti, Otto est gonflé à bloc. Sans prendre le temps de se doucher, il se remet au taf dare-dare. D’autant plus que le secteur est en crise et qu’il a perdu du temps enfermé. Le temps c’est de l’argent. Travailler c’est épanouissant mais on n’en est pas moins homme. Quand sa femme le surprend en train de mater la voisine nue à la fenêtre, une crise de jalousie éclate. Se faire traiter de « porc » pour un charcutier est difficile à avaler. Son outil de travail en main, Otto fait taire sa femme. Voilà, il l’a son remède à la crise : sa femme ! Ou ce qu’il en reste ! Madame, devenue saucisse fait un tabac chez le consommateur. Otto l’a bien compris. Les affaires reprennent… Bande quelque peu vieillotte mais blindé d’humour noir, cette co-production italo/allemande vaut surtout pour la présence du charismatique Victor Buono (Comte Manzeppi dans Les Mystères de l’Ouest ou Dr Schubert dans L’homme de l’Atlantide) et de Brad Harris (autre grande figure du bis). Début de Halloween chaos/rigolo avant de passer au plat de résistance…et de fricoter avec Satan.
Un cran au-dessus (ou au-dessous tout dépend où on se place) de L’Exorciste de William Friedkin, voici Sexorcist Devil (1974) de Ray Dennis Steckler. Dans le désert californien, Volta, tout de noir vêtu et encapuchonné façon moine n’inspire guère confiance. Bingo, c’est un disciple du diable ! Diane, prostituée, bosse au bord de sa piscine avec d’affreux jojos baveux assoiffés de sexe. N’ayant pas verrouillé la porte, Volta s’invite chez elle, dans sa maison puis dans son corps. Diane est possédée par le diable dans tous les sens…du terme..
Un Baphomet maléfique autour du cou, sa mission est désormais de fournir Satan en sacrifices humains.
De son coté, le professeur Vonkleinschmidt et Janice découvre dans un taillis un coffre recouvert du même Baphomet.
Dedans s’y trouvent de mystérieux parchemins recouverts de hiéroglyphes que notre professeur ne déchiffrera qu’en toute fin de métrage. Le reste du temps, il le passera à ruminer en fronçant les sourcils.
Entretemps, Janice s’est faite zigouillée chez Diane tout comme l’un de ses gros clients libidineux pendant la douche.
Un livre de démonologie en main, le professeur s’écrie alors «Evil, evil, evil, aaargh, evil (« Mal, mal, mal, ouille, mal » en vf), I have to do an exorcism».
On arrive sur la fin, le pourfendeur du mal est réclamé.
Muni d’une minuscule croix (film à petit budget), on croirait Max Von Sidow dans L’Exorciste !
Le professeur est enfin face à Volta. L’affrontement final promet d’être terrible….
Mais coup de théâtre et surtout de couteau mal placé, le professeur s’écroule avant d’avoir commencé son exorcisme.
Le casting est décimé.
Volta récupère son amulette et repart clopin-clopant dans le désert. »
JOSE PEXA (aka TEXAS JOE) conseille Vorace (Antonia Bird, 1999) / Cannibal! the musical (Trey Parker, 1996)
« Ravenous (Vorace en v.f.) est un western cannibale qui raconte l’histoire d’un petit groupe d’aventuriers qui, lors d’une expédition dans les montagnes enneigées de Californie (nous sommes quelque part dans les années 1840), s’égarent dans les neiges et s’adonnent au cannibalisme pour survivre. Tout cela est bien passionnant mais attardons-nous plutôt sur l’excellente b.o. de ce chef-d’œuvre méconnu. La musique a été composée par Damon Albarn (Blur, Gorillaz, et j’en passe) en collaboration avec Michael Nyman (les b.o. de tous les films de Peter Greenaway, et j’en passe). Elle propose un joyeux foutoir où la fanfare militaire croise le chant indien shamanique ou encore la ritournelle au banjo accordé avec une casserole.
Cannibal! the musical est un western cannibale qui raconte l’histoire d’un petit groupe d’aventuriers qui, lors d’une expédition dans les montagnes rocheuses du Colorado (nous sommes en 1873), s’égarent dans les neiges et s’adonnent au cannibalisme pour survivre. (A noter que le film est inspiré des mésaventures de Alfred Packer qui, avec un petit groupe d’aventuriers lors d’une expédition dans les montagnes rocheuses du Colorado (nous sommes en 1873) s’égarent dans les neiges et s’adonnent au cannibalisme pour survivre.) Tout cela est bien passionnant mais attardons-nous plutôt sur l’excellente b.o. de ce chef-d’œuvre méconnu. La musique a été composée par Trey Parker (South Park, Team America et j’en passe) en collaboration avec Rich Sanders (la b.o. de Cannibal ! the musical, et j’en passe).»

