Présenté cette année au NIFFF, Schirkoa: In lies we trust d’Ishan Shukla, est une bizarrerie incroyable, au scénario tellement dense qu’il demande à être vu plusieurs fois, mais qui séduit dès la première vision par son traitement visuel aussi riche et extravagant qu’habilement conçu. Dans cette coproduction indo franco-allemande, réalisée en animation 3D avec des techniques variées, l’auteur décrit un univers composé de trois mondes distincts. Le premier, qui ressemble à New York, est une société autoritaire qui interdit à ses citoyens de dévoiler leurs visages, même à eux-mêmes, les obligeant à porter un sac en papier sur la tête en permanence. Abreuvés de propagande, ils se croient menacés par des migrants appelés «anomalies». Lorsqu’un couple cherche à s’évader, 242B (Golshifteh Farahani) se fait choper par la police, tandis que 197A (Shabaz Sarwar) réussit à gagner le monde libertaire dirigé par Lies (Asia Argento), une sirène favorable au suicide.
Autant le premier monde était uniformisé, autant le nouveau ressemble à une fête Burning man permanente, ce qui finalement revient à remplacer une norme extrême par son inverse. Et justifie peut-être la propension des citoyens du monde libertaire à se suicider, ou en tout cas, pour les plus sages d’entre eux, à comprendre que ce monde n’est pas nécessairement meilleur que l’autre. Dans le troisième monde, où les extrêmes sont neutralisés et les moines trouvent une atmosphère propice à la méditation, 197A reconnaît une «anomalie» avec qui il avait passé une nuit dans le premier monde, et qui lui révèle que leur séance de sexe l’avait guérie de son envie de suicide. Dans le rôle de Lies, Asia Argento a beaucoup participé à la conception de son personnage qui lui ressemble jusque dans sa façon de fumer sans arrêt. Lorsqu’elle a présenté la séance, elle a dit que c’était la première fois qu’elle travaillait sur un projet d’animation, mais qu’elle n’a pas été perdue parce que le réalisateur savait très bien ce qu’il faisait et que le script était solide. Deux conditions qui assurent 80% de la réussite d’un film, comme lui disait son père Dario. Vérification faite, le film est passionnant.



