C’était la 77e cérémonie des Golden Globes ce dimanche 5 janvier 2020 au merveilleux Beverly Hilton de Los Angeles. Une sacrée soirée comme disait Jean-Pierre. Et commençons d’emblée par remercier chaleureusement l’excellent Ricky Gervais, à la hauteur de sa merveilleusement scandaleuse réputation, pour sa mise en bouche particulièrement savoureuse, incitant le parterre de stars à sur-réagir et à mettre leur main devant la bouche pour jouer les oh shocking et les regards à la caméra pour dire oh quand même il exagère hein HAHAHA. Nul besoin de jouer les gazelles pudiques pour y voir un fantastique défonçage de tronche Hollywoodien, en bonne et due forme. Fustigeant, en vrac, la délirante hypocrisie du milieu, les oeillères question Harvey Weinstein, Jeffrey Epstein et autres scandales sexuels à foison (« Nous sommes tous terrifiés par Ronan Farrow, c’était une grande année pour les films sur des pédophiles: Surviving R. Kelly, Leaving Neverland et Les Deux Papes« ). Exhumant les anciens tweets homophobes de Kevin Hart et les problèmes judiciaires de Felicity Huffman (« Vous êtes tous arrivés en limousine. Moi aussi, c’est Felicity Hoffman qui avait préparé la plaque d’immatriculation »). Cinglant la mainmise de Netflix/Apple/Disney/Amazon. Se moquant aussi de The Irishman, précisément de Scorsese (« Martin Scorsese parlait de parcs d’attractions au sujet des Marvel mais il est trop petit pour ça, il n’a même pas la bonne taille« ) et de ses acteurs (« Beaucoup de célébrités sont là ce soir. Des légendes, des icônes. Regardez cette table : Al Pacino, Robert De Niro, Baby Yoda… Ah non c’est Joe Pesci« ). Ridiculisant l’affreuse comédie musicale Cats (« La pire chose qui soit arrivée aux chats depuis les chiens ») ainsi que l’impériale grumpy Judi Dench (« Elle a dit que c’était son meilleur rôle car ce qu’elle aime c’est se mettre sur la moquette, lever la patte et se lécher la chatte »). Et pointant enfin la bêtise qui pense: « Si vous gagnez un prix ce soir, n’en faites pas une plateforme pour un discours politique. Vous ne pouvez faire la leçon au public à propos de rien. Vous ne connaissez rien du vrai monde. La plupart d’entre vous a passé moins de temps à l’école que Greta Thunberg« , s’exclame le comédien britannique qui a dynamité cette soirée guindée/champagnisée Moet à peine supportable pour ses sorties de route, ses décrochages et ses foirages (gens bourrés, entre autres).
Qu’en retenir? Netflix avait raflé trente-quatre nominations, cinéma et télévision et la domination attendue n’a pas eu lieu, 1917 de Sam Mendes a été conforme aux attentes (Golden Globe du meilleur film dramatique), Quentin Tarantino et Brad Pitt célébrés à juste titre pour le formidable Once Upon A Time… In Hollywood, Parasite, sacré meilleur film en langue étrangère, avec un petit tacle comme on les aime de notre ami BJH, incitant les américains à surmonter leur angoisse des sous-titres pour profiter de plein de merveilleux films étrangers (ce que ledit public a fait, avec déjà plus de 23 millions de dollars de recettes en Amérique du Nord, inédit pour ce type de production), Joaquin Phoenix, récompensé pour sa perf dans Joker, qui balance « Je ne veux pas jouer les trouble-fêtes, mais la fête est déjà gâchée » en réaction à l’actualité et du chaos ambiant. Rosanna Arquette, Golden Globe de la meilleure actrice dans un second rôle dans une mini-série pour The Act, qui s’inquiète des tensions USA-Iran: « Cette soirée du 5 janvier ne restera pas dans les manuels d’histoire. On se souviendra plutôt d’un pays qui est au bord de la guerre, d’un président qui menace dans un tweet de bombarder 52 sites, dont des sites culturels. Des jeunes gens risquent leur vie en voyageant à travers le monde, les gens ne savent pas si ces bombes font tomber sur la tête de leurs enfants. » Et enfin Sacha Baron Cohen, invité sur scène pour présenter Jojo Rabbit, qui en colle deux à Facebook: « Le héros du prochain film est un enfant naïf et abusé qui propage une vilaine propagande et n’a que des amis imaginaires. Son nom est Mark Zuckerberg »
Palmarès
Cinéma
Meilleur film dramatique : 1917
Meilleur film (comédie, comédie musicale) : Once Upon a Time in Hollywood
Meilleur réalisateur : Sam Mendes pour 1917
Meilleur acteur dramatique : Joaquin Phoenix, Joker
Meilleure actrice dramatique : Renee Zellweger, Judy
Meilleur acteur de comédie : Taron Egerton, Rocketman
Meilleure actrice de comédie : Awkwafina, L’Adieu, The Farewell
Meilleur second rôle masculin : Brad Pitt dans Once Upon a Time in Hollywood
Meilleur second rôle féminin : Laura Dern, Marriage Story
Meilleure chanson originale : I’m Gonna Love Me Again dans Rocketman
Meilleure bande originale : Hildur Gudnadottir pour Joker
Meilleur film d’animation : Monsieur Link
Meilleur scénario : Quentin Tarantino, Once Upon a Time in Hollywood
Meilleur film en langue étrangère : Parasite
Série TV
Meilleure série dramatique : Succession
Meilleur acteur dans une série dramatique : Brian Cox dans Succession
Meilleure actrice dans une série dramatique : Olivia Colman dans The Crown
Meilleure série (comédie, comédie musicale) : Fleabag
Meilleure actrice dans une série (comédie) : Phoebe Waller-Bridge dans Fleabag
Meilleur acteur dans une série (comédie) : Ramy Youssef, pour Ramy
Meilleure minisérie : Chernobyl
Meilleure actrice dans une minisérie : Michelle Williams dans Fosse/Verdon
Meilleur acteur dans une minisérie : Russell Crowe pour The Loudest Voice
Meilleure second rôle féminin : Patricia Arquette dans The Act
Meilleure second rôle masculin : Stellan Skarsgård dans Chernobyl

