Il est toujours intéressant de revenir sur les premiers films des cinéastes pour décrypter leur thématique, leur style etc. Le court des grands regroupe des films d’études de douze des plus grands cinéastes actuels. Présentation sur le thème de Ghost signé Maurice Jarre. George Lucas, Ridley Scott, Robert Zemeckis, Lars Von Trier, Terry Gilliam, Paul Verhoeven, Tony Scott, Emir Kusturica, Luc Besson, Roman Polanski, Jane Campion et Stephen Frears. Le court des grands (on espère vivement la suite avec d’autres cinéastes tout aussi impressionnants) permet de se faire une idée pour les cinéastes apprentis des premiers essais de leurs réalisateurs favoris. Le moins que l’on puisse dire est que l’on peut retrouver dans chacun des thèmes et des inspirations majeurs. Le passage en revue s’impose comme une obligation.
GEORGE LUCAS
1:42.08 To Qualify
Année: 1966
Durée: 8 min
Synopsis: Un coureur automobile tente de se qualifier pour une course, temps de référence 1:42.08. Ce sera un échec.
Mini-critique: Réalisé lors de ses études de cinéma à l’USC, 1:42.08 To Qualify (également connu sous le titre 1:42:08: A Man And His Car) est le quatrième film d’étudiant du cinéaste. A travers ce film quasiment muet où il importe d’observer les gestes, Lucas laisse parler sa fascination pour l’automobile en même temps qu’il en montre les limites (il a frôlé la mort dans un accident de voiture). Selon Lucas, il s’agit d’un poème symphonique visuel, avec une voiture de course, objet fétichiste que l’on retrouvera entre autres dans La menace fantôme et American Graffiti. D’un point de vue plus critique, on perçoit déjà un cinéaste qui privilégie la forme au fond.
RIDLEY SCOTT
A boy and a Bicycle
Année: 1965
Durée : 27 min
Synopsis: Un jour comme les autres dans la banlieue anglaise de Hartlepool, un jeune garçon décide de ne pas aller à l’école et grimpe sur sa bicyclette pour une balade.
Mini-critique: Tourné en NB avec une bolex 16 mm, ce court-métrage, déjà disponible sur le zone 1 des Duettistes, témoigne des recherches esthétiques d’un cinéaste passionné par l’image. Les péripéties existentielles du protagoniste sont narrées avec un style élégant. Quelques références à Kurosawa, le maître adulé par le cinéaste, et une bande-son signée John Barry. Ce n’est pas rien.
ROBERT ZEMECKIS
The Lift
Année: 1972
Durée : 7 min
Synopsis : Un petit employé mène une vie monotone et parfaitement réglée. Mais rien ne va plus lorsqu’un ascenseur défaillant vient troubler la routine de son quotidien.
Mini-critique: A 19 ans, Zemeckis signait une critique acerbe d’une étonnante maturité qui évoque par intermittences un autre court-métrage célèbre (The Big Shave, de Martin Scorsese). Mais le suicide social d’un personnage robotisé, englué dans son quotidien palot, s’accompagne de qualités formelles et se trouve teintée de relents horrifiques, symboliques et expressionnistes (l’ascenseur, lieu de terreur adéquat en même temps que métaphore sociale).
LARS VON TRIER
Nocturne
Année : 1980
Durée : 9 min
Synopsis : Par une chaude nuit d’été, une jeune femme émerge d’un cauchemar. Elle a tout lieu d’être angoissée : elle souffre d’une maladie oculaire qui menace de la rendre aveugle.
Mini-critique : Inspiré par Tarkovski, son maître à penser, Lars Von Trier signe un cauchemar éveillé, languissant, angoissant avec au centre un personnage assailli de diverses phobies dont la première pourrait bien être celle du réalisateur lui-même : le contact humain. Aux antipodes des conventions, la narration prend le parti de dérouter le spectateur et réserve quelques surprises inattendues. C’est la spécialité de Lars Von Trier où les dénouements de ses films apportent une signification particulière au récit (le champ – contre-champ dans Elément du Crime, la séance d’hypnose dans Epidemic). Le plan d’ouverture est inoubliable.
TERRY GILLIAM
Storytime
Année : 1968
Durée : 9 min
Synopsis : Un court-métrage d’animation où se mêle une blatte affable, des cartes de Noël perverses et une biographie d’Albert Einstein.
Mini-critique : On retrouve toute la dinguerie et l’humour de Gilliam à travers trois films d’animation barrés et plutôt jubilatoires qui annoncent l’humour nonsensique des Monty Python en même temps qu’elle révèle le brio d’un cinéaste fâché avec les normes. Il faut impérativement voir l’interview de Gilliam disponible sur le dvd.
PAUL VERHOEVEN
A Lizzard too much
Année : 1960
Durée : 35 min
Synopsis : Une femme, mariée avec un artiste, entame une relation avec un de ses étudiants, qui a déjà une maîtresse.
Mini-critique : La trame du récit est étrange, confuse, distendue. On détecte la fascination et la peur des femmes mystérieuses qui servira de toile de fond à quasiment tous ses films (se souvenir que Le Quatrième homme est le brouillon de Basic Instinct comme Katie Tippel celui de Showgirls).
TONY SCOTT
One of the missing
Année : 1969
Durée : 25 min
Synopsis : Durant la Guerre de Sécession, un soldat part en mission de reconnaissance vers les lignes ennemies. Un canon prend pour cible le bâtiment duquel il espionnait. Il est pris au piège sous les décombres.
Mini-critique : Tony Scott est un cinéaste indéfinissable. Il suffit de voir son dernier Domino pour comprendre que l’homme n’aime rien tant que zigouiller les us et coutumes de la mise en scène. Il suffit de jeter un œil sur sa filmographie pour comprendre qu’il a envie de fureter dans tous les registres. Son premier long-métrage Les prédateurs est peut-être le meilleur parce que le plus audacieux aussi bien formellement que narrativement avec des acteurs prestigieux venus se perdre. Là encore, surprise, avec ce court-métrage qui n’est rien de moins qu’une superbe parabole antimilitariste particulièrement engagée qui oscille entre tragique et grotesque, un peu à la manière (plus récente) des Démons à ma porte et No man’s land. Simplement grand.
EMIR KUSTURICA
Guernica
Année : 1978
Durée : 18 min
Synopsis : L’antisémitisme vu par un petit garçon Juif.
Mini-critique: En fustigeant la guerre et la connerie humaine, Kusturika n’a pas peur de la démonstration et se montre politiquement engagé sans l’humour bouffon et bordélique de ses films suivants. Ceux qui aiment le cinéma du réalisateur d’Underground ne seront toutefois pas trop surpris.
LUC BESSON
L’avant-dernier
Année : 1981
Durée : 10 min
Synopsis : A la suite d’une catastrophe mondiale, la lutte pour la survie s’organise.
Mini-critique : Tourné en noir et blanc, ce récit futuriste a le mérite de regrouper tous les composants de l’intrigue de son premier long-métrage Le dernier combat. Les amateurs du réalisateur s’en réjouiront. Les autres, non.
ROMAN POLANSKI
Le gros et le maigre
Année : 1960
Durée : 16 min
Synopsis : Un serviteur maigrelet, joue de la flûte et du tambour pour amuser son imposant maître qui se prélasse au soleil devant son manoir. C’est la loi du plus fort…
Mini-critique : L’absurde et certaines visions surréalistes se retrouvent dans tous les films de Polanski (qui n’a fait et ne fera jamais mieux que son chef-d’œuvre de Locataire). Les tentatives humoristiques annoncent Quoi ?, sa version lubrique d’Alice aux pays des merveilles, et surtout le contexte de Cul de sac, le long qui s’en rapproche le plus.
JANE CAMPION
Peel
Année : 1982
Durée : 9 min
Synopsis : Un père de famille rentre à la maison avec ses deux enfants. Le jeune garçon se rebelle contre son père qui arrête la voiture d’énervement. Bientôt ce sont les rapports entre toute la famille qui s’enveniment.
Mini-critique : En pointant sa caméra dans le quotidien d’une famille sur la route, Jane Campion instille une étrange sensualité qui enrobe ses personnages. Encore une fois, on note une certaine empathie avec celui de la femme en plein tohu-bohu existentiel, thème qui se répercute de La leçon de piano jusqu’au récent et mésestimé In the cut.
STEPHEN FREARS
The Burning
Année : 1967
Durée : 30 min
Synopsis : En Afrique du Sud, à l’époque de l’Apartheid, dans la maison d’une vieille femme blanche, les tensions raciales avec les employés noirs sont au plus fort.
Mini-critique : Singulièrement, on pense à Liam, l’un de ses opus les plus mineurs qui partage le même pessimisme et contient la même thématique. Les problèmes raciaux et le monde du point de vue de l’enfant font partie des grandes composantes Freariennes (revoir My Beautiful Laundrette).
