Séparée de sa fille contre son gré, une jeune femme – jouée par Ariella Mastroianni, qui n’a à notre connaissance aucun rapport avec le dernier nepo-movie de Christophe Honoré – enchaîne les petits boulots tout en luttant contre un trouble mental dégénératif dont elle ne connaît le nom, mais qui déforme sa perception du temps et de la réalité. Encline à la paranoïa et aux «black outs» fréquents, elle utilise des petites cassettes enregistrées par elle-même pour assurer sa sécurité et tenter d’évaluer avec précision le temps nécessaire à chaque action effectuée. Incapable de trouver un travail stable dans son état, elle accepte désespérément un emploi proposé par une femme mystérieuse – rencontrée dans le non moins mystérieux groupe de travail qu’elle fréquente – une dame avec un passé pour le moins trouble… Ce qui mènera notre héroïne au look androgyne dans les ronces d’un traquenard tortueux, et dans le viseur d’une police new-jersienne pour qui on ne badine pas avec le crime.
Tourné en 16mm, voici le premier film d’un électricien lui-même originaire du New Jersey, Ryan J. Sloan, tourné à cheval sur deux années et avec un budget plus que dérisoire. Croisement étrange entre le mindfuck movie nolanien (Memento) et le thriller 70s conspi décidément dans le vent en cette année 2024 (voir Les Fantômes de Jonathan Millet), Gazer réactive non sans fétichisme les gritty seventies faites d’hôtels miteux, de maisons grisou délabrées et de stations services où on se toise nonchalamment du regard, auxquels il faut adjoindre un magma de nappes électro à la manière de Tangerine Dream. Porté par un premier degré bienvenu et maniériste en diable, le geste est évidemment à considérer, dans ce moment particulier où le cinoche indé US s’enlise de plus en plus dans une (difficilement supportable) veine chic et sundancienne que le duo Greta Gerwig / Sean Baker est venu officiellement tamponner au dernier festival de Cannes. Mais le cinéma des frères Safdie est lui-même déjà passé par là il y a une dizaine d’années: il nous en faudra un peu plus pour pleinement stimuler notre cortex, qui a tâté du Marathon Man et du polar friedkinien agité du bocal toute son enfance durant!



![[SOUTHLAND TALES] Richard Kelly, 2006](https://www.chaosreign.fr/wp-content/uploads/2024/06/southland-tales-southland-tales-937853-1068x704.jpg)