« Frankie Freako » de Steven Kostanski disponible sur Shadowz pour Halloween : c’est la Fête des Marionnettes

Disponible sur la plateforme de streaming Shadowz depuis le 26 octobre, Frankie Freako rappelle qu’il y a dans le cinéma de Steven Kostanski une odeur de latex séché et de pizza froide.

À dire vrai, le gars fabrique ses films comme d’autres bricolent des maquettes à trois heures du matin : avec passion, folie et absence totale de dignité qui, paradoxalement, les rend si vivants. Après Psycho Goreman, météorite rose bonbon tombée dans le cimetière des comédies horrifiques, Kostanski revient avec Frankie Freako, un carnaval de mousse et de morve miniature où le grotesque retrouve son trône.

Le film, comme son héros, refuse la maturité. Conor, cadre lisse et transparent, vit dans un univers beige où le désespoir s’exprime en PowerPoint. Il rêve d’être cool, découvre qu’il ne l’est pas et s’effondre avec la grâce d’une cravate trop serrée. Sa femme, artiste trop solaire pour son salon Ikea, sculpte ses angoisses pendant qu’il nettoie la moquette. Et puis surgit Frankie, petit démon de latex jailli d’un numéro 1-900 comme un Gremlin sous amphétamines. Frankie ne résout rien, il amplifie tout : les frustrations, la laideur, la comédie de la vie moderne. Il est la bête de foire que Conor portait déjà en lui, le cri de tous les ringards refoulés.

Kostanski tire sur la corde du creature feature jusqu’à la faire hurler. Ses influences sont des fantômes : Ghoulies, Hobgoblins, Critters, Howard the Duck… tous ces rejetons baveux des années 80 qui n’ont jamais cherché la rédemption. Frankie Freako leur rend hommage sans nostalgie, comme un enfant grattant la croûte d’un vieux dessin animé interdit. C’est du pastiche conscient, mais sincère, un collage de mythes en caoutchouc tenu par des blagues de daron et des éclats de folie.

Le film avance comme un gag étiré : Kostanski installe ses blagues comme des pièges à ours, les oublie, puis les déclenche au moment où l’on a baissé la garde. On rit parce que c’est absurde, on rit encore parce que c’est raté, et on finit par applaudir parce que cette ratade-là a plus de cœur qu’un million de comédies calibrées. Le montage tangue comme une pile de pizzas trop grasses, les gags se bousculent, les effets spéciaux grincent — mais tout cela respire une joie de faire, une foi primitive dans le cinéma comme jeu d’enfants après un goûter trop sucré.

Conor incarne cette idée : un pantin persuadé d’être humain, nettoyant sa vie comme on nettoie une vitrine vide. Son monde est une sitcom sans public, et Frankie débarque pour y foutre le feu. Le monstre n’est pas méchant, il est juste honnête : il ne connaît que l’excès. Il danse, éructe, détruit, mais rappelle à Conor — et au spectateur — qu’il vaut mieux être grotesque que mort à l’intérieur. Derrière la bouffonnerie, Kostanski glisse une morale d’anarchiste doux : il faut se salir un peu pour sentir qu’on existe.

Techniquement, c’est une farce bricolée avec des restes, mais Kostanski le sait et en joue. Les effets sont tangibles, palpables, presque odorants : on devine la sueur sous les costumes, la colle chaude sur les visages. Le numérique n’a pas encore contaminé cette folie artisanale, et c’est pour le mieux. Chaque plan respire la main du marionnettiste, chaque gag une tendresse pour le ridicule. Il y a du Troma sans cynisme, du Joe Dante sans tendresse, un éclat de Peter Jackson époque Bad Taste dans cette anarchie de bas étage.

Alors oui, tout cela tient parfois debout comme une maison en carton pâte. Oui, l’humour est souvent aussi subtil qu’un coup de pelle. Mais on ne va pas voir Frankie Freako pour la finesse : on y va comme on compose un numéro interdit, pour le frisson du mauvais goût assumé, pour la chaleur gluante d’un film qui s’en fout. Kostanski n’essaie pas de séduire : il invite à la fête des ratés, à ce sabbat de peluches sataniques où la sincérité prime sur la cohérence.

Au fond, Frankie Freako c’est un miroir tendu à tous ceux qui ont grandi en serrant trop fort leurs figurines d’horreur. Une lettre d’amour aux marginaux du vidéoclub, aux collectionneurs de VHS rongées par la moisissure. Un film qui pue la pâte à modeler et la bière tiède, mais dont la poésie suinte à chaque craquement de latex durci. Et quand Frankie retourne dans son néant téléphonique, on se surprend à sourire : il reste encore des cinéastes assez fous pour préférer la crasse au pixel.

Composez le 1-900-FREAKO, CHAOS vous attend à table.

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