« Frankenstein » de Guillermo del Toro : une tragédie cosmique sur la création, l’orgueil et la solitude

Guillermo del Toro a enfin ouvert le tombeau de son obsession. Et contre toute logique, son Frankenstein respire. Pas le râle putride du cadavre réanimé, mais le souffle d’un film hanté par la beauté et la honte d’exister. Le cinéaste mexicain, artisan du monstrueux, signe ici non pas une adaptation, mais une communion avec Mary Shelley : un poème gothique, baroque et tremblant, qui transforme le mythe en miroir de l’âme moderne.

Le film s’ouvre sur la fin : dans les glaces de l’Arctique, le créateur et sa créature s’épient comme deux mirages. Tout est déjà perdu, et pourtant tout commence. Le savant Victor Frankenstein, Oscar Isaac au bord de la combustion, croit encore que la mort se dompte à coups d’électricité. Son monstre, Jacob Elordi, naît dans la douleur, dans le rejet, dans la main d’un Dieu qui ne sait pas aimer. Il apprend à lire, à penser, à souffrir. Chaque mot devient une blessure, chaque regard, un rappel qu’il n’a pas de place dans le monde.

Del Toro filme cette agonie avec la ferveur d’un romantique qui aurait troqué sa plume contre un scalpel. Ses cadres débordent de rouge et de noir, d’organes cousus comme des continents fracturés, de robes vertes qui tremblent sous les chandelles. Alexandre Desplat sculpte un requiem qui semble sortir du ventre même du monstre. Et dans ce théâtre de chair, Christoph Waltz joue le mentor enjôleur, Mia Goth la fiancée aux pulsions mortifères, tous prisonniers d’un rêve que la vie corrompt.

Ce Frankenstein n’a rien d’un simple film d’horreur : c’est une tragédie cosmique sur la création, l’orgueil et la solitude. Del Toro y enterre la croyance naïve qu’un rêve doit rester pur. Son Prométhée moderne crée la vie et découvre la honte de l’avoir fait. Et quand la dernière étincelle s’éteint, il ne reste plus qu’un silence glacé : celui du rêveur qui a enfin réalisé son rêve, et n’a plus rien à rêver.

7 novembre 2025 sur Netflix | 2h 30min | Drame, Epouvante-horreur, Science Fiction
De Guillermo del Toro | Par Guillermo del Toro
Avec Oscar Isaac, Jacob Elordi, Mia Goth

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