« Flow, le chat qui n’avait plus peur de l’eau » de Gints Zilbalodis: de l’animation miaou

LES ETOILES DE LA REDAC

Quentin Billet-Garin
Lucie Chiquer
Romain Le Vern
Gérard Delorme

Miaou-apocalyptique. Un chat se réveille dans un univers envahi par l’eau où toute vie humaine semble avoir disparu. Il trouve refuge sur un bateau avec un groupe d’autres animaux. S’entendre avec eux s’avère un défi encore plus grand que de surmonter sa peur de l’eau…

L’Arche des promesses. Révélé en 2019 avec Away, un film d’animation réalisé en solo, le cinéaste letton Gints Zilbalodis revient avec la même volonté d’une exploration cinématographique à la fois ludique, poétique et engagé avec Flow, présenté au Festival d’Annecy mais aussi à Cannes, et c’est suffisamment rare pour être signalé pour le cinéma d’animation, dans la section Un Certain Regard. Également sans paroles et doté d’un graphisme on ne peut plus inspiré de l’art du jeu vidéo, le film coche de nombreuses cases susceptibles de provoquer de la curiosité. Il va même au-delà, en interrogeant la matière du cinéma, son mouvement et son espace.

Écoulement, flux, circulation… Telles sont les différentes traductions de ce mot: flow, et qui définissent aussi bien l’horizon de mise en scène de Gints Zilbalodis que la portée symbolique de cette histoire dont les dialogues sont remplacés par des «miaou» coulants, justement, de mignonnerie. Telle une performance, croisée avec une installation pour jeu vidéo, Flow exerce un mouvement dans son ambiance qui, malgré une approche pas forcément originale dans le registre de l’animation contemplative multi-récompensable, trouve à chaque fois une raison d’exister. Sur ou sous l’eau, sur terre ou dans les airs, en plan serré ou large, la mise en scène exerce un truc viscéral parfois jubilatoire, où le seul enjeu de la circularité permet de saisir de véritables instants de cinéma. Le fluide de la mise en scène se révèle aussi sur la façon dont le personnage principal va évoluer dans un tel environnement. Une scène exceptionnelle accompagne le chat en un seul et même mouvement: dans sa nage difficile dans le fleuve avant qu’il ne se fasse récupérer par un oiseau l’emmenant très haut dans le ciel, avant une chute libre et le retour sur le bateau prodigue. Les cascades maladroites de ce chat dont nous suivons les aventures rejoignent aussi les belles heures du burlesque, à commencer par Buster Keaton où la moindre émotion en révélait davantage qu’un climax. Il ne serait pas timide d’avouer que le cinéaste crée de nouvelles formes du burlesque et, si l’on suit ce genre et son évolution dans l’histoire du cinéma, d’un certain cinéma d’action.

Cette mise en scène, dont on pourrait deviner aussi une force explicative parfois trop pesante et difficilement recyclable par moment trouve également un ressort scénaristique par le trajet en ligne droite de son personnage, lui-même accompagné de plusieurs autres animaux avec lesquels s’allier au cours d’un trajet dont l’objectif, symboliquement, est une tour au loin et pointant au plus haut vers le ciel. Du mouvement dans la ligne droite, voici l’autre horizon de mise en scène de Zilbalodis, qu’il accouple à plusieurs codes fictionnels tels que les récits post-apocalyptiques ou les contes. Survivre ensemble, évoluer au plein milieu d’une nature dont la verdure contrebalance avec l’ambiance survivaliste aux alentours… Le film convoque, incarne et, avec une vraie croyance, cherche à rester évasif pour mesurer, encore une fois, l’écoulement d’une aventure en quête perpétuelle de sens. Une énigme rendue palpable par ce récit qui se conclut en deux temps, avec le même objectif d’une aventure à accomplir à plusieurs dans un monde de solitude.

Ne reste plus qu’à ouvrir le film dans ce qu’il vise esthétiquement, par l’inspiration pour le jeu vidéo – avérée par le cinéaste lui-même. Si ici les questions de game design et de graphismes peuvent vite être tronquées par tous les apports cinématographiques à mettre à son crédit, reste que la spatialisation de l’action par le point de vue à la troisième personne dont, ici, il s’agirait de tourner autour, pose plein de questions enchevêtrées sur la notion de récit par les images et donc d’un autre écoulement: celui entre informations données et celles qui sont reçues. Ainsi, l’aspérité de Flow serait, malgré quelques redondances, de créer une indiscutable envie de cinéma hybride.

30 octobre 2024 en salle | 1h 25min | Animation
De Gints Zilbalodis | Par Gints Zilbalodis, Matīss Kaža
Ne reste plus qu’à ouvrir le film dans ce qu’il vise esthétiquement, par l’inspiration pour le jeu vidéo – avérée par le cinéaste lui-même. Si ici les questions de game design et de graphismes peuvent vite être tronquées par tous les apports cinématographiques à mettre à son crédit, reste que la spatialisation de l’action par le point de vue à la troisième personne dont, ici, il s’agirait de tourner autour, pose plein de questions enchevêtrées sur la notion de récit par les images et donc d’un autre écoulement: celui entre informations données et celles qui sont reçues. Ainsi, l’aspérité de Flow serait, malgré quelques redondances, de créer une indiscutable envie de cinéma hybride."Flow, le chat qui n’avait plus peur de l’eau" de Gints Zilbalodis: de l'animation miaou
ga('send', 'pageview');
error: Content is protected !!