[FIFIB 2023] Natan Castay, Paul Nouhet, Ernst de Geer, Louis Douillez… Les bonnes nouvelles du (jeune) cinéma français

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Malgré une météo qui aura rendu caduque notre brushing matinal, le FIFIB a encore accouché d’une édition stimulante, ponctuée par notamment par de belles choses du côté des courts et des moyens (voilà qui devient une habitude). Après trois nuits de sommeil pour éponger la fatigue, grand bilan!

En attendant les robots de Natan Castay
Nuit et jour, Otto efface pour quelques menus centimes des visages sur Google StreetView. C’est l’une des missions ingrates que lui et ses amis du monde entier réalisent sur Amazon Mechanical Turk, une plateforme de micro-tâches. Otto est ce qu’on appelle un travailleur du clic, le nom pudique et euphémisant que nos médias affublent à ce qui mériterait d’être tout simplement qualifié de prolos du clic. On découvre à la fin du générique qu’il est joué par Harpo Guit, connu notamment pour l’explosif Fils de plouc en 2021: on aurait pourtant mis notre main à couper qu’il s’agissait d’un véritable esclave du clavier, tant le film prend des contours de documentaire (absolument glaçant) sur ces nouveaux damnés de la terre qui mangent des noodles au porc à même l’écran et qui, par le biais de tâches démentiellement aliénantes, nourrissent eux-mêmes l’IA qui va bientôt les grand-remplacer. On n’est pas non plus totalement à côté de la plaque, puisque les autres «acteurs» du film, tous rencontrés via l’intermédiaire une webcam, sont d’effectifs travailleurs du net. Il faut voir le désespoir d’Otto, bonhomme à la vie sociale bien ténue quand, tenu de distinguer ce qui sur l’image révèle de l’humain ou de l’objet, notre hôte s’énerve tout seul contre un robot Amazon qui buggue et qui refuse d’entendre ce qu’on lui dit (NOT HUMAN… TRASHHHHHHHHHHH): Otto est bloqué dans sa tâche et s’il ne valide pas toutes les étapes de sa mission, voit le risque de ne pas être payé (un comble pour un shitty-job qu’aucun n’oserait pratiquer par plaisir)… L’IA flippante du film est aussi l’occasion d’entendre la voix chaleureuse de notre Valérie nationale: à coup sûr, l’un des temps très forts et très chaos de ce festival, récompensé par le Grand Prix Contrebande.

La Bête de Bertrand Bonello
On s’est empressé d’écrire ce long papier en rentrant pour vous débriefer l’expérience à chaud. On vous recommande de le lire (ou pas).

La Vénus d’Argent de Héléna Klotz
On est bien déçus par la nouvelle livraison d’Héléna Klotz, une habituée du festival de retour au format long après L’âge atomique (film qu’on a revu dans le cadre de l’hommage rendu à nos copaings du coing, la maison de production Kidam). Il faut dire qu’on croit vraiment moyennement à cette connexion cousue de fil blanc entre deux univers disjoints (la caserne de pompier d’un côté, la finance et le monde du trading de l’autre: milieu abordé vraiment très en surface ici) et qu’on est restés bien hermétiques devant le jeu déployé par la chanteuse Pomme, le rappeur Fianso, Anna Mouglalis, Grégoire Colin et l’un des frères Schneider dont on ne sait plus c’est lequel (on a vu Le Vourdalak! juste avant aussi, normal qu’on s’emmêle les faisceaux…) Seul un Mathieu Amalric qu’on n’attendait pas dans ce registre nous a décroché un bienvenu sourire. Le film a pourtant été bien reçu au TIFF: étions-nous simplement de mauvais poil ce jour-ci, nous et notre imper bleu marine trempé?

Salut les zins de Paul Nouhet
Vous vous souvenez quand, posés sur la pelouse d’un jardin jouxtant votre collège, vous arrachiez sans raison l’herbe alentour avec vos mains moites tout en dissertant (et en délirant) les discussions des filles posées sur la pelouse d’en face? Eh bien, Salut les zins, c’est ça: un film pour les grands nostalgiques de 25 ans qui regardent déjà avec rétrospection leurs jeunes années passées sur un skate, posters Circa dans la chambre et 360 claqués à 1 mètre et demi au-dessus du sol par Bastien Salabanzi sur le portable (oui, on sait, cette référence osée et alambiquée ne parlera pas à tout le monde ici). Ça écoute les Black Lips et c’est merveilleusement dirigé: bref ça sent bon l’auteur à suivre avec la plus grande attention (qui avait déjà montré le beau Camille sans contact au FIFIB 2020).

Maman déchire de Emilie Brisavoine
Un autre moment fort du festival, dans un mood plus dark que le déjà ancien Pauline s’arrache! Débrief les larmes aux zyeux ici.

The Hypnosis de Ernst de Geer
André et Vera forment un jeune couple d’entrepreneurs. Ils se préparent à présenter leur application sur la santé féminine lors d’un concours de pitch: devant la crème des investisseurs, ils doivent livrer une performance digne des plus beaux télé-crochets M6 pour espérer obtenir un financement et continuer de croire en leurs rêves… Belle satire à la scandinave (c’est-à-dire avec un humour ostlundien qui, contrairement à ce que certains critiques excessifs essaient de vous faire croire, n’est pas le fils caché d’Hitler de Gilles de Rais) pour ce film qui tourne en dérision le petit monde faisandé qui est aujourd’hui le nôtre, abreuvé de termes enquiquinants rien-qu’à-les-entendre – pitch, workshop, to-do list, team building – et dont toute mise en pièce et toujours bonne à prendre. Le film se laisse d’abord porter comme une agréable satire sur-les-rails, bien enrobée mais pas d’une originalité folle, avant de se laisser conquérir par quelques moments chaos dans sa dernière demi-heure. Intriguing!

Le Vourdalak de Adrien Beau
Étrange objet vampirique tourné en 16 millimètres, à la fois délicieusement désuet et assez dispensable une fois quitté la salle… Jérémie a bien aimé et il a même rencontré ce diable d’Adrien Beau ici.

Rien d’Important de François Robic
Un petit bijou de tendresse – autour de deux éboueuses du dimanche cajolées par la mélancolie – repéré lors de la dernière édition de Côté Court: nous n’avons présentement pas nos notes avec nous pour vous en parler, mais attendez un peu qu’on mette la main sur notre carnet MUJI!

Polar Park, mini-série de Gérald Hustache-Mathieu
On a vu que les deux premiers épisodes de cette série Arte fichtrement bien faite et on est d’accord avec l’engouement critique (Polar Park raconte la phase difficile que traverse un romancier en manque de reconnaissance, qui voit sa créativité régénérée par un serial-killer amateur d’art): cette relecture de Fargo en forme de polar givré est une franche réussite. Vive Jean-Paul Rouve quand il a des cheveux!

After de Anthony Lapia
Un club à Paris. Des rythmes techno entraînants emportent tout le monde: dans ce premier quart d’heure, on se croirait dans Nous ne serons plus jamais seuls de Yann Gonzalez, qui réussissait à saisir une certaine dramaturgie propre à la nuit. Et puis après, vient l’heure d’aller au fumoir où d’aller quémander des taz: là le film se met alors à devenir bavard et il nous intéresse déjà beaucoup moins (« Tu me passes une clope? » et « Je peux tafer avec toi, steuplait? » sont répétés à peu près 46 fois de suite, comme si le charme de la nuit n’était justement pas de trouver des stratagèmes pour éviter de poser des questions aussi frontales!). Le film se poursuit avec une Louise Chevillotte saisie dans le feu de l’after à domicile, récitant des tracts politiques pas toujours très naturels… After a quand même la vertu de nous restituer un certain état du monde du lendemain: rimmel qui coule, peau flasque qui déborde du t-shirt rescapé d’une quelconque BDE, odeur de cendrier et de neurones flambés… Et de nous faire découvrir une magnifique reprise électro d’I go to sleep des Kinks. Et de donner lieu à une très jolie scène de fesses tout en pudeur et en tendresse… oui, on préfère quand le film montre que quand il parle!

Portraits fantômes de Kleber Mendonça Filho
On a des choses à vous dire sur le nouveau Kleber, sorte de suite documentaire à son Les Bruits de Recife (2012): nous [Morgan et Gautier, NDLR] publierons un long entretien avec KMF la semaine prochaine…

Permettez-nous donc de laisser un peu de place aux autres, merci!

Saint Lazare de Louis Douillez
Un film qui s’ouvre sur une bossa du patron Piero Umiliani peut-il décemment être mauvais? La réponse est à l’évidence négative. Lazare, jeune homme cynique et inflexible, passe par erreur la soirée seul dans l’appartement étudiant de Flore, une inconnue lunaire et décomplexée, dont la voix aiguë et le débit assuré évoque quelque chose de la slapstick-comedy. Au programme de cette comédie romantique qui n’en est pas vraiment une, les deux compères vont apprendre à se connaître en parlant astrologie, houmous, hétéro-curiosité et préférences pornographiques, le tout sur fond de références à Chandler & Phoebe et de vieux vinyles (atroces) de Parov Stelar… Un patchwork comique qui permet aussi d’évoquer certaines injonctions pontifiantes de notre temps. C’est bien fichu, assez enlevé, et pas spécialement mignonnisant ni complaisant envers l’époque: ça mérite fort cette Mention spéciale de la sélection Contrebande!

La rivière de Dominique Marchais
On n’est pas spécialement fans du tout dernier Prix Jean-Vigo, attribué cette année à Dominique Marchais, film qui nous donne à voir et à sentir les gaves, ces puissantes rivières dévalant des montagnes vers la mer dans les Pyrénées-Atlantiques, menacées d’extinction par divers assauts (la culture du maïs qui les assoiffent, la multiplication des barrages qui les assèchent…) Le film pointe l’activité humaine et la perturbation qu’elle induit sur le cycle de l’eau et la biodiversité dans son ensemble, donnant la parole à des pêcheurs, des scientifiques et des locaux qui voient la maison brûler pendant que nous regardons ailleurs. Difficile de ne pas être de leur côté, sauf à prendre les pitreries de CNews au premier degré. On doit cependant dire que le film recueille de façon isolée et un peu scolaire la parole de chacun, donnant l’impression d’un monde où le collectif est déjà éteint: il faut attendre un passage en salle de classe pour voir quelques visages s’illuminer et sortir du dispositif un chouïa pesant et restrictif mis en place par le réalisateur-journaliste… Bref, on préfère la version de Tsai Ming-liang sortie en 1997M.B.

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