Festival de Gérardmer 2005

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Que retenir du Festival de Gérardmer 2005? On fait le point.

La belle Angelica Lee, déjà vue dans The Eye premier du nom, amuse dans Koma, thriller chinois plus académique mais plus regardable que Ab-normal Beauty et qui repose sur un clivage proche d’un thriller psy dans le sillage de JF partagerait appartement. Sauf que n’est pas l’exquise Jennifer Jason Leigh qui veut. Malgré une mise en scène stylisée et des idées intéressantes, l’ensemble qui se suit sans grand déplaisir peine à sortir des sentiers battus, des conflits manichéens et des formules toute faites (le faux retournement de situation final prévisible à des kilomètres). Même l’immense Takashi Miike ne suscite pas l’enthousiasme souhaité avec son One Missed Call, certes très efficace, mais sans folie, sans génie, sans audace. Une jeune collégienne reçoit un mystérieux appel sur son téléphone portable. L’appel vient de son propre téléphone, trois jours dans le futur, et le message est le son de ses propres cris. Aux antipodes de ce que ce cinéaste stakkhanoviste nous a déjà offert, ce One Missed Call réjouit à sa première vision mais ne fait pas longtemps illusion. Cet opus, sans doute le plus abouti formellement et le moins dingue, peut laisser perplexe tant il ressemble plus à un film de commande (un scénario calqué sur Ring et Dark Water extrêmement opportuniste) auquel le réalisateur tente d’apporter de la personnalité à travers des touches burlesques, trash ou parodiques. Il en résulte son œuvre la plus impersonnelle dans la filmographie d’un cinéaste givré qui nous a offert nettement mieux (repensons à l’inestimable Audition ou même le récent Gozu, deux films où la gradation horrifique était surprenante, inattendue, flippante). Le morceau de bravoure – qui n’a pas manqué de faire hurler quelques spectateurs visiblement très impressionnés – reste une scène dans un hôpital qui dure plus de 15 minutes.

Le seul film coréen qu’il fallait à la rigueur voir (ou revoir) était Save the green Planet de Jang Jun-hwan où un jeune homme est persuadé qu’un homme d’affaire est un extraterrestre sur le point de détruire la planète. Ne vous fiez pas aux dix premières minutes potaches : ce beau film d’une durée conséquente est un piège. Il dessine sous son apparence fragile un drame intense et schizophrène où on finit par comprendre en creux les réelles motivations des persos. Des rebondissements azimutés et des prises de risques audacieuses (et appréciées) dans ce grand bain d’ultra-violence barré, jubilatoire, drôle, poignant, déluré, fou, assommant, sanglant, imprévisible, insolite, bizarre… Un film heureux de vivre où le plaisir de faire du cinéma est palpable à chaque instant et qui dans ses meilleurs moments procure un degré de satisfaction immense.

En compétition, on pouvait également distinguer le stimulant quoique pas abouti La peau blanche, un film fantastique canadien qui raconte la triste histoire d’un jeune homme qui tombe sous le charme d’une femme énigmatique qui cache en elle de lourds mystères. Fausse neutralité, ambiguïté latente, extraordinaire dans de l’ordinaire. L’accent québécois ne constitue pas une gêne et l’ensemble (sympa sans plus), souvent casse-gueule à parler aussi ouvertement de succubes, se laisse regarder. Ajoutons au cocktail un peu de misogynie bon enfant et une fin ambiguë. Quelque chose comme le Love object de cette année. Sinon, immense déception pour l’attendu Trauma de Marc Evans, thriller psychologique très pesant avec dans le rôle principal Colin Firth, une aubaine pour l’acteur qui peut ainsi changer de registre et exceller ailleurs que dans les films plus conventionnels. Hélas, si l’interprète reste impeccable du début à la fin, il peine à donner de l’intérêt au scénario pénible qui dans une première partie fait surabonder figures archétypales et clichés et provoque le désintérêt du spectateur. Gros problème : par la suite, le cinéaste essaye de jouer au malin et complexifie inutilement son intrigue en paumant le spectateur. Bilan des courses : tout le monde s’ennuie et personne ne comprend la même chose. Preuve que le film hante longtemps l’esprit après la projo ? Euh, non.

Parmi les grands événements du festival – mise à part la venue de Michal, le chanteur de la Star Academy, qui a visiblement déchaîné les foules -, signalons l’avant-première de Capitaine Sky et le monde de demain , faux blockbuster non sans ironie dont le procédé formel discutable s’avère très vite irritant mais le film révèle tout son potentiel ailleurs, notamment dans ses belles influences : des serials au film noir dont le film hache menu codes et conventions. L’hommage à Roger Corman qui précédait la projection de Calvaire (ou comment concilier les plaisirs) a été très apprécié ainsi que la soirée spéciale avec entre autres la projection de l’épatant House of the 1000 Corpses de Rob Zombie (alias Robert Cummings, pour les intimes). Le film est à l’image du chanteur des feu White Zombie : drôle, sans limites et dégénéré. A l’instar de la station service qui se transforme en parc d’attractions. A l’instar de cette famille qui attend des visiteurs pour accomplir des rites sataniques.

De la même façon que Marylin Manson a pillé Alejandro Jodorowsky pour ses clips, Rob Zombie reprend, lui, ironiquement, un faux style MTV en le mixant à des allusions persos, des films de terreur viscérale des années 70 (Massacre à la Tronçonneuse et La Dernière Maison sur la Gauche, en premier lieu) et pléthore de références (Rah lovely Bill Moseley). Mais la forme faussement rassurante et la désinvolture apparente sont des leurres pervers : House of 1000 Corpses est en réalité sous ses allures de film de potes sympathiquement barré, un précipité efficacement malsain. Une sorte de petit Hellbilly délire de luxe : souvent drôle, très mal élevé et mille fois plus sympathique que tous les grands n’importe quoi de la compétition.

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