En Compétition, on a enfin pu voir la hype allemande pré-Festival. Pour rappel, Sound of Falling, le second film de Mascha Schilinski après un premier long qui n’a jamais passé nos frontières, a été chipé au nez et à la barbe de la Berlinale par Thierry Frémaux et son équipe, qui en ont fait l’une des premières « acquisitions » de la catégorie reine. Alors ? Pétard mouillé ou premier « donnez-lui-la-palme du Festival » ? La réponse est à trouver quelque part entre les deux.
Le projet ambitieux de Mascha Schilinski est de faire le portrait en 2h30 de quatre générations de femmes, toutes reliées par un seul et même lieu qu’on ne quittera jamais, un corps de ferme. Des années 1910 aux années 2010, c’est toute l’histoire allemande contemporaine (la Première Guerre mondiale, le nazisme, la séparation des deux Allemagne, la réunification) qu’on revisite en filigrane dans un film avant toute chose dédié au féminin. Le puzzle formel de Sound of Falling, autant au niveau des images que pour la voix off, partagée entre plusieurs personnages, est vertigineux. Passant d’une génération à l’autre, d’un point de vue à l’autre, par un simple effet de rime visuelle, par un fondu au noir ou par un effet sonore, le film demande au spectateur une grande implication. C’est qu’il faut recomposer mentalement l’arbre généalogique : tel personnage est la mère, la sœur ou l’oncle d’une autre. Un choix radical éprouvant mais qui s’inscrit dans ce patchwork de souvenirs, confessions et visions oniriques qu’est Sound of Falling, lointain cousin du Miroir de Tarkovski.
Tout ce dispositif pourrait nous conquérir s’il n’appuyait pas un film à thèse ankylosé. Car ce que veut raconter Mascha Schilinski, c’est la malédiction d’être une femme, à tous les âges du monde, et à tous les moments d’une vie. Sound of Falling est donc une anthologie de la souffrance faite aux femmes : soumission, oppression, agression (physique et sexuelle), dénégation… la liste est longue et la main est lourde. Il est toutefois permis de ne pas rejeter en bloc le film, en l’envisageant à l’aune du film d’horreur qu’il est souterrainement. Sound of Falling est au fond une histoire de maison hantée, un film peuplé de fantômes suicidés et sacrifiés, sorte de Chute de la Maison Usher féministe et ultra (trop ?) maniéré. Comme une itération de l’Elevated horror américaine à la sauce germanique, le film confirme une intuition, que le cinéma d’Aster et Eggers doit autant à Hopper et Carpenter qu’à Bergman et Haneke.


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