Voilà 34 ans que Evil Dead Trap, objet culte s’il en est pour les plus fouineurs et les plus déviants d’entre nous, attend le feu vert pour se matérialiser d’une quelconque manière en France. Et il arrive enfin, et en binôme avec une suite toute aussi incroyable…
Ne vous laissez pas avoir par son titre s’acoquinant inutilement avec le classique de Sam Raimi: Evil Dead Trap est plus proche de la synthèse parfaite de la beauté dans l’horreur, ou de l’art de la mort, tels qu’italiens et japonais la partagent. Un mariage longue distance qu’on comprend vite en saisissant l’influence de Lucio Fulci et Dario Argento sur les mangakas d’horreur les plus cintrés. Combinaison impudique du slasher (en berne) et du giallo (quasi enterré) signé par un réalisateur zinzin venu du roman-porno, Evil Dead Trap joue sa petite symphonie putride, débutant sur un faux snuff chienandalou-esque avant de précipiter une reporter avide et quelques pièces rapportées dans la gueule du loup. De murs tartinés d’asticots en piège mortels, rien ne saurait annoncer tout à fait le dernier acte surnaturel et zinzin, où le spectateur ne se trouvera plus à une anomalie près. À une époque où l’on avait décidé de prendre le gore de moins en moins au sérieux, Evil Dead Trap remettait les pendules à l’heure, entre stylisation tranchante et amour du crado: et ça marche toujours autant. Sans doute persuadé que l’infamie était condamnée aux circuits douteux, James Wan pillera l’ovni tant qu’il pourra, aussi bien pour son Saw que son récent Malignant. Là aussi, il serait temps d’aligner quelques bretelles…
Délaissé pour des raisons de santé, le réalisateur Isado Ikeda ne tournera pas Evil Dead Trap II, qui sera confié en 1992 à Izo Hashimoto, co-scénariste de Akira et réalisateur du très très crapoteux Lucky Sky Diamond, considéré même pendant un temps comme un opus non officiel de la saga Guinea Pig. Miracle, cette sequel – qui n’en est pas une – sous-titrée alors Hideki, souffre quelque peu de sa parenté commerciale: si on retrouve une vraie obsession pour l’ultra-violence opératique et la manipulation des images (venant autant du cadre tremblotant d’une vhs que d’un écran de cinéma), le trait d’union entre les deux œuvres s’impose. Film profondément urbain, où Tokyo se fait ville désir, ville néon, ville sale, Evil Dead Trap II: Hideki nous balance entre les pattes d’une projectionniste renfermée sur elle-même, qui attend la nuit tombée pour vivre son moment China Blue. Vêtue d’une robe de satin, elle se donne dans les arrières cours et tuent ses rivales. Un dragueur envahissant et mystérieux, une meilleure amie agitée qui se pince d’extase devant des cadavres mutilés et le fantôme d’un petit garçon viennent pimenter davantage cette promenade interdite, au tempo bien plus languissant que son prédécesseur. Certes plus long, oui, mais bien plus vertigineux et plus extrême, allant jusqu’à tirer sa violence sauvage vers un lyrisme décadent. Le catfight final, insensé, où les coups de cutters pleuvent à l’ombre des draps blancs, fait certainement partie des séquences les plus hallucinantes jamais vues dans le genre. Volontiers abscons et bordélique, l’opus de Hashimoto laisse son spectateur décider de ce qu’il voit: échappée post-mortem, longue métaphore déglinguée, fable surréaliste… Considéré comme lasuitequinarienavoir, le résultat tient pourtant de la sidération totale. J.M.
