La dernière bombe télévisuelle Euphoria (HBO) suscite un vif émoi chez ceux qui l’ont découvert cet été. Normal, elle retranscrit au plus juste ce qui se passe dans la tête et le corps d’un ado.
Ça ressemble à quoi être ado en 2019? Ça pourrait bien ressembler à Euphoria, une série qui parle exactement de tout ce qui se passe dans un corps et dans une tête de l’âge dit ingrat. Une plongée hallucinante et hallucinée dans un univers clinquant gangrené par un indescriptible spleen, exactement ce que l’on pouvait ressentir en lisant Les lois de l’attraction de Bret Easton Ellis ou en regardant son adaptation cinématographique par Roger Avary. La différence (majeure), c’est l’époque. Sinon, rien n’a changé: l’énergie reste toujours celle du désespoir, mais elle est aussi celle qui sauve de l’inertie ou de l’extinction. Derrière ses tics visuels que l’on pense intuitivement poseurs ou fabriqués, on assiste en réalité à quelque chose de bien moins fabriqué et de beaucoup plus libre qui raconterait au fond la quête du désir (le vrai) dans un monde qui en est dépourvu.
Dès le premier épisode, le désir est mort et ce que va rechercher la série par la suite, ce sera une jouissance. Tout passe par les beaux regards qui disent bien des choses au-delà des mots et des actes (preuve que Sam Levinston est déjà un très bon qui sait ce qu’il fait). A fortiori dans ce microcosme grouillant où tout se sait, a fortiori à cette période de la vie où les apparences priment sur le reste. Des regards bouleversés, aussi, évidemment, de cette noirceur triste qui vient nous dévorer petit à petit. Mais nul ne pourra retirer à cette série cette lumière qui en jaillit, celle d’une série progressiste qui n’a pas peur de transgresser tous les tabous inhérents à cette romance inattendue entre une jeune toxico qui tombe amoureuse d’une fille trans. Rien n’est jamais ce qui semble être, ici.
On a beaucoup évoqué Gregg Araki ou Larry Clark mais question énergie, Noé et son récent Climax ne sont pas loin non plus. Citons par exemple la fin de l’épisode 7 et sa séquence de boite de nuit érotico-stroboscopique, où la mise en scène soutient cette dynamique d’énergie et de liberté s’autorisant des mouvements de caméra dantesques opérés par une grue qui permet de retourner la caméra et de la faire aller dans tous les sens avec précision, pour mieux partir en vrille et traduire l’état d’euphorie. Dans un rythme effréné, Euphoria jouit au tempo de sa somptueuse playlist. Il suffit de voir les noms de Drake et de Future the prince à la production (comme le disait Jérémie dans son article) pour comprendre toute l’intention visuelle et sonore d’un tel objet. Dans la séquence finale – venant rompre la barrière entre fiction sérielle et vidéoclip, l’euphorie se substitue à une harmonie générale. Mais aussi triste que cela puisse se finir, de cette euphorie, surgit l’évanouissement du monde qui entoure la protagoniste. C’est beau à en pleurer.

