Que valent Lillian de Andreas Horvath et Ni Dieux ni maîtres d’Eric Charrière, présentés à L’Etrange Festival? Le Chaos vous dit tout.
Très conseillé par Frédéric Temps, délégué générale de L’Etrange, au moment de l’interview, Lillian de Andreas Horvath éprouve toutes nos résistances et on aime ça. Le documentariste autrichien s’est inspiré d’un fait-divers survenu en 1927 aux Etats-Unis. Son film, ni documentaire ni fiction, produit par Ulrich Seidl, retrace l’histoire vraie d’une émigrante russe (Patrycja Plains) ayant décidé de rejoindre son pays dans une longue marche en partant de New York. Pas besoin de vous faire un dessin: la route est trèèèès longue. Notre héroïne ayant pour objectif de rejoindre le détroit de Béring, ce morceau d’eau qui sépare la Sibérie et l’Alaska. La femme se perdit à jamais, après que des ouvriers l’eurent aperçue pour la dernière fois dans la forêt boréale canadienne. Une errance progressive et donc lente dans un espace naturel. Une traversée dans une Amérique glacée, celle des rêves éteints et du vide qui consume (comme pouvait le dire Fred Temps). Moins du côté d’un Into the wild, plus proche de l’Élégie d’une traversée de Sokourov (où l’onirisme serait absent) dans cette idée que l’errance vient éteindre le monde, venant rappeler une impuissance collective. Ainsi, les plus beaux plans du film sont ceux qui viennent d’un mouvement de bas en haut effectué par un drone, venir tirer une ligne entre le visage de Lillian et l’immensité extrême du paysage. Dans ce qu’il raconte et dans la manière dont il met en forme, Lillian déstabilise et donc fait du bien.
Soit tout l’inverse de l’affreux Ni Dieu ni maîtres d’Eric Charrière. Une souffrance pelliculée qui donne de s’arracher les yeux en sortant de la salle. Un film d’aventure plongé en plein cœur de l’ère médiévale, qui mêle des influences aussi diverses que le jeu vidéo, La Sorcière de Michelet, The Raid, Gustave Doré et Chang Cheh (OK) mais qui est si pénible qu’il en devient même difficile d’en parler puisqu’on a déjà fait en sorte de l’oublier avant même de se lever de notre siège. L’histoire, en quelques mots: en l’an 1215, le terrible seigneur Ocam enlève une jeune fille dans un village. La cause de cet enlèvement serait émise par une liaison que celle-ci aurait eu avec un étranger. Suite à ça, les villageois, aidés par le mystérieux étranger, décident de partir libérer la prisonnière. Et soudain, nous vient une question: pourquoi n’avoir absolument rien développé avec un tel postulat? Pourquoi nous imposer des personnages aussi creux et débiles? Indolence totale de la narration qui nous irrite, autant qu’elle rend perplexe. Aucune profondeur, aucune empathie, rien. Juste un ennui lourd et maladroit. Sans oublier cette dernière séquence, où nous voyons un homme lire une histoire à un enfant, et qui, telle une éclaircie après la pluie, vient répondre au gros problème de ce long machin moche: Ni Dieu ni maîtres est juste, depuis le début, une mauvaise histoire pour marmots très très mal racontée.