[EPIDEMIC] Lars von Trier, 1987

Epidemic, second volet d’une trilogie sur la décadence de l’Europe et de son cinéma, petit film en noir et blanc en apparemment moins ambitieux que les deux autres (Element of crime pour le premier, Europa pour le dernier), commence comme un documentaire sur deux scénaristes (Lars himself et son scénariste Niels Vorsel). En panne sèche d’inspiration, ils écrivent péniblement leur nouveau script sobrement intitulé Le commissaire et La Putain, une référence Eustachienne potache. D’emblée, tout est lose migraineuse. Le fax ne fonctionne pas, les idées manquent, l’ennui guette. Cette insistance de l’ordinaire agit comme un sésame qui ouvre des portes grinçantes. Au fond du gouffre, ils imaginent un sujet bien noir, une histoire d’épidémie de peste qui décime l’Europe et le film de changer de format, avec un «Epidemic» en lettres d’imprimerie rouge en haut de l’écran, dévoilant en parallèle le film se créer, le voyage d’un médecin qui veut lutter contre une épidémie qui s’étend à l’Europe, et qui propage lui-même le virus. Comme on dit, le malaise s’installe.

Comme ils l’avouent au détour d’une scène, les deux scénaristes souhaitent que leur film soit « comme un caillou dans la chaussure » – une phrase que Lars ressortira à l’occasion par la suite pour évoquer ses films. Dans un affolement d’interprétations, leur histoire va prendre des proportions inimaginables et le spectre de cette pandémie ravageant la vieille Europe donne lieu à de nombreux délires. C’est comme un canular angoissant, une mauvaise blague qui deviendrait un truc horrible aux propositions monstrueuses. Un processus de création où le réel inspire (comme lorsque Lars emprunte le petit train de l’hôpital, on pressent déjà la présence de ses fantômes) et qui accouche d’un monstre.

La séance d’hypnose finale (qui nous ramène un peu à The Element of Crime et puis à Europa, plus tard) qui dure, qui dure et qui hurle, reste probablement ce que Lars, piégé et piégeur, a réalisé de plus cauchemardesque dans toute sa filmo. Le cinéma se retrouve à vif, à la fois exalté et inquiété dans son pouvoir fondamental, son pouvoir d’évocation. Une certitude à la fin, c’est lui le grand réalisateur de films sophistiqués, pleins de putréfaction, de bas-fonds humides, de visions apocalyptiques, d’épidémies. Joie de vivre, certes, mais au moins cette expérimentation hors-norme a donné lieu à des chefs-d’œuvre par la suite.

30 novembre 1988 en salle | 1h 46min | Drame, Epouvante-horreur
De Lars von Trier | Par Lars von Trier, Niels Vorsel
Avec Allan de Waal, Ole Ernst, Michael Gelting

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