Qui aurait pu croire qu’un âne serait la mascotte chaos de cette année? Tout comme son prédécesseur Balthazar dans le film éponyme de Bresson en 1966, le cinéaste Polonais Jerzy Skolimowski filme, par l’intermédiaire d’un animal, les passions humaines. Notre bébête poilue au regard tristoune devient ainsi le passeur, quand il n’est pas le miroir, d’un monde déshumanisé, parfois cocasse, souvent brutal. Observateur et jouant (quand il le faut) du sabot, le petit équidé nous confronte à l’indicible. À la violence bien sûr, comme à la pure abstraction. Lumières frémissantes, travelling monochrome ou vitesse inversée, la mise en scène se plaît, un instant, à imaginer une perception différente, non-humaine. Un territoire s’ouvre alors, aussi vibrant qu’inconnu. Six ânes, au total, furent employés pour jouer l’animal-star. Une incarnation plurielle donc, comme pour condenser une espèce… pas si différente de nous finalement. Ou comment appréhender notre humanité par l’altérité. M.S.
