En direct du Festival de Sitges: Virginie Ledoyen dans une variation des « Chiens de Paille »

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Arielle Dombasle joue les fantômes évaporés, Virginie Ledoyen caresse les chiens de paille. Sitges dans tous ses états, encore et toujours.

Hier soir, les festivaliers les plus courageux pouvaient découvrir Rohtenburg (Grimm Love Story), de Martin Weisz, opus banni en Allemagne, dans lequel on revient sur l´histoire de l’Allemand Armin Meiwes qui a publié une annonce sur Internet en indiquant qu’il cherchait un bel homme entre 18 et 30 ans « désirant être mangé » (il a finalement découpé le sexe d’un ingénieur pour le manger avec lui avant de le dévorer entièrement). Parallèlement à cette intrigue, une demoiselle enquête sur cette affaire pour achever sa thèse. En réalité, cette histoire secondaire ne sert qu´à aérer le récit mais elle est construite de manière si invraisemblable (l’étudiante tombe sur un homme sur le net qui lui envoie la vidéo de l’assassinat à son adresse perso), confuse (le présent, le passé, les souvenirs, les traumas), putassière (l’expérience des deux hommes est construite comme un mélo tire-larmes) et maladroite (chapeau aux flash-backs mal foutus pour évoquer l’enfance du tueur). Malgré des efforts d’interprétation (pourtant inégale), une oeuvre à l’intérêt plus que discutable.

On passe, on oublie et on continue la soirée avec la bonne surprise du festival – d´autant plus surprenante que le film a visiblement été occulté de la sélection officielle pour des raisons obscures -, la projection de BackWoods de Koldo Serra, qui se situe ouvertement dans le sillage des survivals comme Délivrance et Les chiens de paille avec une dimension tripale assez bien rendue qui devrait plaire aux amateurs. Non pas une réussite totale mais une sorte de cauchemar singulier dans lequel on sait où on va mais on a peur d’y aller. Deux couples bien différents (les deux hommes entretiennent une relation de manipulation qui va évidemment se renverser) partent en vacances dans la campagne espagnole et se trouvent très vite confrontés à l’hostilité des autochtones (faut dire que Ledoyen débarque dans le bar en ayant pris le soin d’arroser son maillot et de laisser transparaître ses seins en évidence – ce qui attise évidemment l’attention de tous les mâles forcément frustrés). Mais tout prend des proportions considérables lorsque les deux hommes, partis chasser avec le chien, tombent sur une gamine recluse dans une grange comme dans L´été où j´ai grandi, de Gabriele Salvatores. A partir de là, l’atmosphère devient étouffante, les secrets remontent à la surface et les lieux communs aussi.

Soyons honnêtes : Backwooks est une tentative plus intéressante que potentiellement novatrice à l´inverse par exemple de Calvaire, de Fabrice du Welz qui proposait un cauchemar cinéphile d´une grande classe formelle (ça lorgnait davantage du côté d’André Delvaux et de Tobe Hooper avec une pincée de Gaspar Noé). Ici, le menu est plutôt light d’autant que le récit s’avère inégal voire manichéen dans son propos. C’est la tentative de cinéma qui impressionne plus et la sensation (délectable) dès les premières images d’assister à un film impressionnant (belle introduction de personnages pourtant archétypaux). Si certes le jeune cinéaste accuse une faiblesse dommageable dans sa conclusion en voulant appuyer l’idée de la dégradation de l’homme par l´homme en le mettant accessoirement en opposition avec la nature, il fait montre d’une belle énergie et invente à travers un canevas rompu aux clichés du genre (installation du malaise, tentative de viol, lâcheté humaine, angoisse sourde, passage de l’humanité à la bestialité) quelques audaces. Dont celles d’affubler Gary Oldman (excellent) d’une moustache façon Jean-Pierre Marielle dans La Traque ou encore d’adopter le look seventies avec la bande-son qui tape et les effets stylisés dès le générique. Honnêtement, peu importe que ce soit imparfait : des films pareils font plaisir à voir et son le international hétéroclite (Oldman donc, mais aussi Paddy Considine, Aitana Sánchez-Gijón et Virginie Ledoyen) devrait lui assurer un intérêt hors des contrées espagnoles.

Fin de la soirée dans un bar mais pas trop tard parce que, le lendemain, à neuf heures, projection du nouveau Alain Robbe Grillet : c´est Gravida qui vous appelle. Sur la pellicule, un projet improbable. A l’écran, un délice d’humour et de fantaisie au parfum kitsch qui plonge dans les rêves et les fantasmes avec une vraie folie (dialogues à la fois sentencieux et pontifiants) et des interprètes déchaînés (Arielle Dombasle, over the top, se balade toute en blanc dans les rues d’une ville fantomatique, chante, danse avec un cheval, interrompt l’intrigue pour se livrer à des soliloques barrés, prend la pose comme un mannequin). Bref, une expérience digne de Robbe Grillet : spéciale et unique, drôle et cérébrale qui à une heure où tous les films doivent se ressembler réjouit considérablement. A demain pour la collaboration Roland Joffé / Larry Cohen (Captivity) et surtout Time, le nouveau Kim Ki-Duk, qui ne vient pas à Sitges (sans doute pour éviter de croiser Bong Joon-Ho).

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