En direct du Festival de Sitges : Crispin Glover présente son film « What is it? » (bonne question!)

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Crispin Glover présente un film-bizaarrrrree, Andrew Parkinson filme un enfant astral, Barry Pepper, Jim Caviezel et leurs potes jouent à Saw, le diable prend possession d’une bigote. Sitges, dans tous ses états, épisode 5.

In heaven, everything is fine ; in heaven, everything is fine… Vous vous souvenez de la première fois que vous avez vu Eraserhead ? Si vous n’avez jamais revécu ça, prière de découvrir au plus vite Who is it ?, premier volet d’une trilogie mystérieuse fomentée par l’inclassable Crispin Glover, tout timide lors de la présentation. L’histoire est a priori irracontable mais cherche délibérément à s’affranchir de toute narration : des photos de Shirley Temple sont plongées dans une atmosphère nazie ; quatre femmes à tête de singe se baladent dans le plus simple appareil et l’une d’elles masturbe frénétiquement un mongolien en gros plan ; un homme et une femme mongoliens font l’amour dans une vaste étendue ; des escargots se font écrabouiller de sel, trancher la tête et hurlent à faire exploser les tympans du spectateur ; un noir se fait lapider puis jeter dans le vide par des mongoliens. Déclamés comme ça, les événements paraissent immédiatement agressifs et gratuits mais il émane un travail sur le son et l’image remarquable qui retient l’attention (il utilise beaucoup de musique classique et réutilise quelques standards – on entend la bande-son d’Orange Mécanique et du Chien andalou) et génère un tourbillon de cinéphilie plus impressionnant et courageux que répulsif. Le résultat, totalement incontrôlable, souvent brillant dans ses audaces, ne ressemble à pas grand-chose de connu et cherche à provoquer les sensations uniques des premiers Lynch, Browning, Herzog, Korine

Loin d’être une célébration de la marginalité comme on pourrait penser le croire au premier abord, le film révèle surtout la fascination du cinéma pour la monstruosité. Il ne cherche pas à montrer l’humanité qui émane de gens considérés comme anormaux et donc rejetés par la société. On a souvent cru ça à tort au sujet par exemple de David Lynch avec Elephant Man. Bref, vive impatience de découvrir le second volet de cette trilogie qui sera baptisée « Everything is fine », comme la petite chanson d’Eraserhead avec la demoiselle difforme. A la sortie de projo, Crispin fait tout pour entretenir le mystère en se baladant avec ses bobines sous le bras de peur qu’on les lui vole. Jeu paranoïaque : l’homme refuse que l’on fasse une copie de son film, si bien qu’il traîne avec lui deux autres bobines vides si jamais un esprit malheureux serait tenté de lui voler son film. Mitch Davis propose une idée : vendre des dvds pirates de son film le lendemain dans le hall de l’hôtel. Sur ces bonnes paroles, au repos.

Le lendemain, je découvre Venus Drowing, le nouveau Andrew Parkinson (Moi, Zombie : chronique d’une douleur) qui, comme toujours, cherche dans un climat amateur (au sens noble) à retranscrire les bouleversements intérieurs de jeunes gens en proie à des découvertes surnaturelles. Après les zombies, c’est l’enfant astral d’Eraserhead qui passe sous la caméra scalpel de Parkinson (qui fait une apparition au début sur une plage). L’histoire : une demoiselle traumatisée accouche d’un enfant monstrueux et cherche désespérément sa maternité. C’est mieux que son précédent Dead Creatures, bien mixé, bonne bande-son aux nappes synthétiques envoûtantes, bonne interprétation, mais moins convaincant que Moi, Zombie…, qui réussissait à l’époque un tour de force d’un culot monstrueux : signer la scène de cul la plus pathétique, la plus dégueulasse, la plus audacieuse et la plus triste. Ici, faute d’images marquantes ou d’idées substantielles, on n’en retient pas plus qu’une expérience sympathiquement anodine. On attend encore le film ultime de Parkinson.

Grosse déception sinon pour Unknown, de Simon Brand, qui malgré les efforts des interprètes (James Caviezel, Barry Pepper, Joe Pantoliano, Jeremy Sisto, Peter Stormare et Greg Kinnear) et quelques idées (les personnages doivent s’entraider même si à la base, ils ne peuvent pas se blairer – belle métaphore du métier de comédien), ne sort hélas pas de son concept post-Saw (cinq hommes enfermés dans une pièce et ne savent pas comment en sortir) voire post-Identity (ni qui ils sont), sans avoir recours au fantastique (le film lorgne plus vers le thriller hollywoodien sans âme), avec beaucoup de rebondissements grand-guignolesques (dont une fin risible qui fonctionne sur l’ambiguïté) et des flash-backs atrocement filmés par un cinéaste qui a clairement l’impression d’inventer quelque chose. Résultat : mauvais. Pas non plus de quoi crier au génie au sujet de Requiem, de Hans Christian Schmid, pourtant auteur d’un fréquentable 23, qui réalise L’exorciste comme un épisode de Derrick, c’est à dire sans le côté spectaculaire mais l’aspect impersonnel et froid d’un film d’entreprise des années 70 involontairement comique. Cela raconte la lente dérive d’une étudiante pieuse et bien élevée (Sandra Huller, quelque part entre Cate Blanchett et Helen Mirren) qui du jour au lendemain ne peut plus toucher une croix, puis se croit possédée par le démon, puis le devient, puis s’exorcise… Lourd : c’est l’avatar teuton de L’exorcisme d’Emily Rose avec lequel déjà on ne s’étouffait pas beaucoup, en plus fastidieux et en plus rigide, qui tombe dans un Grand Guignol même pas assumé et veut se fendre par-dessus tout d’une critique sur les effets pervers de la religion. Vous avez dit prétention ?

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