« Eddington » de Ari Aster à Cannes 2025 : un « Rio Bravo » démoli à la tronçonneuse et recomposé en un néo-western horrifique

Toujours signé chez l’écurie A24, le cinéaste américain Ari Aster fait définitivement ses adieux au cinéma d’horreur avec Eddington, farce politique sur l’Amerique contemporaine, et plus particulièrement post-2020. Le film prend place en mai 2020 (premier ancrage historique chez Aster), en pleine pandémie de Covid-19. Le shérif Joe Cross (Joaquin Phoenix), frustré par les mesures sur le port du masque, se sent pousser des ailes et se présente aux élections locales face au maire sortant Ted Garcia (Pedro Pascal). Tout ce petit monde est inquiété par la montée du mouvement Black Lives Matter à la suite du meurtre de George Floyd par un policier de Minneapolis, alors même que les conspirationnistes et sectaires pullulent, tel un autre virus.

Comme d’habitude chez Ari Aster, l’argument de départ est propice à une bascule dans le délire et le bizarre. Eddington, fort de ses 2h30, part dans tous les sens, là où Beau is Afraid suivait une trajectoire linéaire. C’est que le cinéaste a beaucoup de comptes à régler avec les États-Unis et ses habitants. Tel un Trey Parker et Matt Stone de la grande époque de South Park, le cinéaste se fait le barde d’une Amérique en déliquescence, inondée de fake news, de complots absurdes et d’idées rances. Une onde boostée aux réseaux sociaux qui prennent une place importante dans Eddington.

Joe Cross s’improvise Donald Trump du pauvre, en plus opportuniste et couard, et pas moins salaud, change de fusil d’épaule à de nombreuses reprises, s’improvise un temps ami des Black Lives Matter, avant d’accabler son sergent noir pour sauver sa peau. Tout ça dans un ton cartoonesque, comme un Tex Avery plongé dans la suie. Un film drôle et misanthrope, qui frôle à de nombreuses reprises la boursouflure, mais qui fait mouche dans sa composition du cauchemar de l’Américain républicain moyen.

Il n’est pas interdit de voir en Eddington un Rio Bravo démoli à la tronçonneuse et recomposé en un néo-western horrifique, où Joaquin Phoenix joue un anti-John Wayne finalement individualiste, qui ne parvient jamais à faire communauté, contrairement à son illustre modèle. Beaucoup ont détesté, nous on a adoré.

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