[DVD] Préparez-vous à « Hurler de peur » de Seth Hold (1961)

Sortie chez ESC (British Terrors) d’une perle trop méconnue de la Hammer, au moment où la firme se détourne de l’horreur gothique et du rouge pimpant maison: procurez-vous au plus vite ce Hurler de peur (Seth Hold, 1961), passage de témoin éclatant entre le film noir et le horror movie psychologique.

PAR GAUTIER ROOS

Penny Appleby (Susan Strasberg), jeune femme paralysée et condamnée au fauteuil roulant, revient dans sa demeure familiale située sur la Côte d’Azur après la disparition de son père. Accueillie par Jane, sa belle-mère (Ann Todd), et épaulée à chaque instant par Bob, le chauffeur de la famille (Ronald Lewis), voici qu’elle commence à avoir d’épouvantables visions: elle se met à voir le cadavre de son père dans différents endroits de la demeure, lequel disparaît aussitôt…

Les lecteurs de ce site savent pertinemment que l’histoire des chefs-d’œuvre est aussi façonnée par des morceaux plus discrets, parfois en avance sur leur temps, et souvent condamnés à un box-office pas à la hauteur. Curieux cas que celui de ce Hurler de peur (Taste of Fear en Angleterre, Scream of Fear aux US), plutôt un succès critique et public à l’époque, et qui n’a pourtant pas vraiment imprimé les mémoires et autres bréviaires de l’histoire officielle du cinéma. On vient pourtant de trouver le parfait chainon manquant entre Les Diaboliques (1955) de Clouzot et le Répulsion (1965) de Roman Polanski. Ça tombe bien: nous sommes en 1961, et le Psychose d’Hitchcock, sorti un an plus tôt, infuse absolument toute la production horrifique d’Europe et d’ailleurs: toute la décennie à venir marquera le transfuge spatial de l’horreur des châteaux et autres escaliers à spirales vers le home sweet home quotidien.

On est ici dans un entre-deux: une jolie villa sur la Riviera, entretenue par un personnel distingué qui multiplie les allers-retours entre Nice et Cannes, et qui fomente quelque chose de louche (mais où est donc passé ce fichu paternel?). Au cœur du dispositif, une image d’un cadavre aperçue en pleine nuit en laquelle notre jeune héroïne est la seule à croire: elle reviendra à plusieurs reprises la ressasser sur les lieux, malgré le scepticisme des hôtes azuréens. On est prêt à parier que notre Dario Argento a été influencé par le film (d’autant plus quand on sait que le plan final est une reprise d’une séquence disséminée plus tôt…)

Le film va initier une série de psycho-thrillers hammeriens – dont Maniac de Michael Carreras (1963), Paranoiac (1963) et Hysteria (1965) de Freddie Francis – portant tous la griffe de Jimmy Sangster, scénariste maison qui chaussera régulièrement la casquette de producteur pendant cet âge d’or. L’homme dira d’ailleurs que ce Taste of Fear est le plus abouti des 35 films (et pas des moindres) livrés pendant la période…

Un point sur ce générique étonnant: le rôle principal est brillamment tenu par Susan Strasberg (fille de Lee Strasberg, le papa de la fameuse method), Ann Todd du Procès Paradine (1947) et de Temps sans pitié (1957) apporte la caution Hitchcock/Losey, et un Christopher Lee tout en discrétion vient se payer quelques plans (tiens, encore un qui pense que c’est le meilleur film de l’histoire de la Hammer, ce qui devrait vous convaincre de vous précipiter à la Fnac de ce pas).

Le film mise aussi beaucoup sur le noir et blanc de Douglas Slocombe, et sa carrière photographique pour le moins variée (Noblesse oblige, The Servant, Indiana Jones) : on est ravis de pouvoir découvrir ce travail sur une magnifique copie plutôt que sur un 480p exfiltré de nos adresses habituelles. Quelques mots sur le cinéaste enfin, Seth Holt, ayant commencé en tant que monteur pour les Studios Ealing, et qui est connu pour avoir été salement lourdé par Dino de Laurentiis sur le tournage de Danger: Diabolik (1966). On doit vous avouer qu’on ne connaissait son nom que pour le génial The Nanny (1965), là encore piloté par Jimmy Sangster, où Bette Davis retrouve un personnage dans la droite ligne de Baby Jane (1962) et Chut, Chut, Chère Charlotte (1964). Le cinéaste avait alors une solide réputation (certains osaient la comparaison avec le Hitch), mais son attrait pour la bouteille l’emportera en 1971, à l’âge précoce de 48 ans.

Tout ceci est plutôt bien restitué par Laurent Aknin dans les bonus, sur lesquels figure aussi une présentation très synthétique (mais bien fichue) du légendaire studio par notre spécialiste mondial, Nicolas Stanzick. Bonne dégustation à nos complétistes de l’horreur psychologique: celui-ci fait vraiment figure d’immanquable.

Les articles les plus lus

Pendant ce temps, Santiago Segura signe un démarrage spectaculaire en Espagne avec « Torrente presidente »

Torrente presidente, réalisé et interprété par Santiago Segura, a...

[MALATESTA’S CARNIVAL OF BLOOD] Christopher Speeth, 1973

Avec des pionniers comme Andy Milligan ou Herschell Gordon...
spot_img

À lire absolument

spot_imgspot_img
ga('send', 'pageview');
error: Content is protected !!