« Draguse ou le manoir infernal » de Patrice Rhomm: qui veut d’un film français d’horreur porno?

0
1342

Lécheuse d’os, la vilaine Draguse vous invite dans son manoir infernal. Une sacrée curiosité bien de chez nous aux portes du hard…

Prenez un écrivain en mal d’inspiration et fourrez-le dans une maison isolée ET hantée, et vous aurez un des motifs les plus kingiens du genre. Mais en 1976, c’était une autre affaire. Car, et c’est tout l’intérêt de la chose, Draguse ou le manoir infernal n’est pas tant intéressé par l’effroi de son sujet, mais plutôt par sa potentielle tournure polissonne. En 1975, année plus érotique que pornographique, la guillotine du X tombait et plus rien n’allait être pareil: Draguse figurait même en haut de la liste des premiers Xsés! Devant la caméra de Patrice Rhomm, qui a valdingué entre cochonneries et nazisploitation bon marché (Helga la louve de Stillberg ou Elsa Frauilen SS), Olivier Mathot y incarne un historien un poil dandy poussé par son éditeur à écrire des bouquins coquins: acceptant l’invitation tout frais payée dans un manoir paumé, il y découvre le lieu de tous ses récents cauchemars où siège la terrible Draguse, spectre langoureux, bavard et libidineux qui va l’aider dans sa quête d’histoires licencieuses.

Bien que débutant sous le signe de l’horreur gothique, Draguse ou le manoir infernal semble surtout beaucoup se moquer de lui-même, entre sa voix-off sarcastique, son regard sur le paris sexy (la caméra filme durant de longues minutes les façades des sex-shop et des cinémas encore ouverts aux films de fesses: délicieux document pour tout cinéphile pervers), le ton craquant entre sordide et légèreté, comme ces quelques saynètes parodiant tout un courant de la sexploitation, avec sa pseudo adolescente trop vieille en soquette ou son nazisploitation de fortune. Émaillé de scènes hardounettes (où l’on croise Claudine Beccarie et Sylvia Bourdon, qui seront respectivement les stars de Exhibition 1 et 2), Draguse ou le manoir infernal charme par sa désinvolture et ses coups de coude au genre fantastique, le tout mené à la baguette par une Monica Swinn médusante, succube cauchemardesque à la Fellini qui ouvre le bal en léchant goulûment un tibia humain! Mesdames, Messieurs: la France! J.M.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici