Le roughies, ou la porte noire du porno. Bienvenue dans les pornos plus X que le X de Shaun Costello.
Dans la déferlante porno des 70’s, le roughies fut un sous-genre consacré à l’anti-glam, peut-être même à l’anti-plaisir, laissant place à de nombreuses pratiques sadomasochistes, mais surtout à des mises en scènes de tortures ou de viols qui ne visent certainement pas le branleur lambda. La société Avon Productions s’était fait une spécialité de ces pornos déviants, mettant très souvent à la barre ce déglingué de Shaun Costello, à qui l’on doit les éprouvants Forced Entry (avec son vétéran du Vietnam tuant et violant à la chaîne) et Water-Power (ode glauque au lavement). Bref, que de la joie.
En ce qui concerne la case SM, il faut avouer que d’excellents titres comme The Defiance of Good ou Story of Joanna font bien pâle figure en comparaison des productions Avon, à l’emballage bien plus pauvre, mais nettement plus extrêmes dans leurs pratiques. Un des exemples les plus frappants serait ce Dominatrix Without Mercy (quel beau titre non ?), qui hésite constamment entre le cul léger et le cuir lourd. Les décors, le récit et la photo importent peu, et il faut juste satisfaire (?) le spectateur pas franchement venu là pour tricoter. Loin de la violence extrême de The Taming of Rebecca, les premières scènes de Dominatrix Without Mercy voit la féline Marlene Willoughby jouer à la Belle de jour : elle tombe ainsi sur une annonce alléchante, promettant 1000$ par semaine pour dominer des messieurs très enclins à ramper sur le tapis. Madame l’accueille et lui apprend les ficelles du métier, alors que pendant ce temps, d’autres filles s’activent. À peine regardant sur son intrigue, Costello ne finira que ce qu’il a commencé en fin de métrage, lorsque Marlene pourra humilier à loisir après avoir suivi les conseils – et les courbes – de sa tutrice.
Au milieu, un segment très bref, mais fort marquant, où l’angélique Terry Hall soumet un client obéissant, inversant les rôles du Story of Joanna où elle se trouvait en tête d’affiche. Alors que monsieur est sommé d’aboyer pendant un cunnilingus et que l’on assiste à une branlette espagnole sur fond de reprise molle de I Want you back (!!), le bordel fait entrer deux clients particulièrement sadiques dans une autre pièce. Ailleurs, et sans que l’on comprenne vraiment pourquoi, une autre prostituée (?) est prise en sandwich par deux hommes très dominateurs. Dominatrix Without Mercy, titre un poil mensonger ? Un peu oui. Car si l’on compte quelques scènes de domination féminine, 50 % du métrage est occupé par des segments où des hommes violentent sans répits les femmes pour qui ils ont payé. Et on ne fait pas dans la dentelle : on sort les cordes, les pinces à tétons, les ceintures, les laisses, les cravaches… et même une banane, pénétrant alors Vanessa Del Rio avant d’être découpée au fur et à mesure dans un geste menaçant. Terrain glissant, où l’on ne sait plus ce qui est contrôlé ou pas et où la simulation commence. Les dernières scènes reviennent sur Marlene, redonnent le fouet à la gent féminine, saucissonnant les mâles pour mieux les couvrir de pisse. Libérée, délivrée, l’élève a alors dépassé la maîtresse. J.M.
