« Diamant brut » de Agathe Riedinger: quand le cinéma court après la télé-réalité

LES ETOILES DE LA REDAC

Gautier Roos

Plus belle la vie. Liane, 19 ans, téméraire et incandescente, vit avec sa mère et sa petite sœur sous le soleil poussiéreux de Fréjus (une ville du Sud de la France: j’en veux pour preuve le nombre de « T’y es une dinguerie » entendus pendant les 103 minutes du film). Obsédée par la beauté et le besoin de devenir quelqu’un, elle voit en la télé-réalité la possibilité d’être aimée. Le destin semble enfin lui sourire lorsqu’elle passe un casting pour « Miracle Island », énième avatar de reality-shows pour qui l’alliage entre le recyclage de vieilles gloires installées (souvent par l’intermédiaire du prix de Nobel de littérature Matthieu Delormeau) et de chair fraîche candide-et-précaire demeure la recette inégalée….

L’ange de la télé-réalité. Pendant une bonne heure, nous sommes plongés dans un irritant magma où se mêlent tous les tropes du cinéma d’auteur français (dialogues qui ont avant tout valeur de manifeste: « aujourd’hui, j’te le dis: y’a pas de mauvais buzz ma chérie » + violons appuyant au Stabilo sur les moments d’intensité + dardennisme répété jusqu’à plus soif, ici dans une variante hype à la Andrea Arnold, le #bhtc628 sur le petit nuancier des cinéastes naturalistes dont la jeunesse raffole…). On comprend très bien pourquoi l’objet a divisé au dernier Festival de Cannes, où il était en compétition, et nous ne sommes pas dupes de tous les éléments qui clignotent (l’héroïne cite à un moment une influenceuse montante qui « va même jusqu’à faire le Festival de Cannes »).

Et pourtant, il faut bien reconnaître que le film porte en lui quelque chose qui brille, et qui triomphe de bien des obstacles. Peut-être est-ce dû au pari réussi par la cinéaste de savoir filmer un regard désabusé sur un écran rétro-éclairé, ou de capter avec éclat une mélancolie du répondeur – si ça ce n’est pas une image propre à notre époque, je ne sais pas ce qu’il vous faut – quand Liane ressasse jusqu’à l’overdose sa messagerie dans l’espoir d’accrocher un « feedback ». Quelque part, le film nous dit que la stratégie du gros sabot peut fonctionner, et tout boiteux qu’il soit, ce miroitant Miracle Island ne porte peut-être pas si mal son nom…

20 novembre 2024 en salle | 1h 43min | Drame
De Agathe Riedinger | Par Agathe Riedinger
Avec Malou Khebizi, Idir Azougli, Andréa Bescond

 

Quelque part, le film nous dit que la stratégie du gros sabot peut fonctionner, et tout boiteux qu’il soit, ce miroitant Miracle Island ne porte peut-être pas si mal son nom…"Diamant brut" de Agathe Riedinger: quand le cinéma court après la télé-réalité
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