« Deux procureurs » de Sergeï Loznitsa : impressionnant cauchemar kafkaïen à Cannes 2025

Deux Procureurs, en compétition à Cannes, marque le retour à la fiction de Sergeï Loznitsa, grand portraitiste des relations tumultueuses et séculaires entre son pays, l’Ukraine, et la Russie. Contrairement à Donbass son précédent film de fiction sorti en 2018, ou L’Invasion, son documentaire présenté en Séances Spéciale à Cannes l’année dernière, Deux Procureurs joue la carte du récit historique, adaptation des écrits de l’écrivain dissident Gueorgui Demidov.

Situé pendant les purges staliniennes de la fin des années 30, le film dépeint le monde soviétique de l’époque comme un grand théâtre absurde. Deux Procureurs est une succession de couloirs, de portes closes, de judas et de pièces verrouillées. S’il débute dans un cadre carcéral, ce même cadre parait s’étendre à l’ensemble de la Russie, de Briansk à Moscou, soit la trajectoire du procureur idéaliste Alexander Kornev (brillant Alexander Kouznetsov, acteur en exil) assoiffé de justice et de vérité.

C’est toute la puissance de la mise en scène de Loznitsa, d’étirer ses plans, de gommer toute ellipse, pour nous faire ressentir l’horreur absurde qui se renferme sur Kornev. Cette horreur, c’est la bureaucratie soviétique qui fait office de broyeuse de tout espoir ou élan humaniste. Sans le savoir (ou peut-être que si), Loznitsa a tourné le grand film kafkaïen de son temps, décrivant avec justesse le moment où les organes de défense des citoyens passent aux mains des services de sécurité (le NKVD, qui deviendra le tristement célèbre KGB).

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