[DES ANGES ET DES INSECTES] Philip Haas, 1995

En 1858, en Grande-Bretagne, au plus fort de l’ère victorienne, en pleine révolution darwinienne, un naturaliste sans le sou suite à son retour d’Amazonie est accueilli dans la demeure d’un vieux révérend, aristocrate toqué d’entomologie. Sa condition modeste de fils de boucher ne l’empêche pas de s’acclimater au climat et de tomber amoureux fou de la fille du révérend, de lui demander sa main et de se marier avec elle. Dans ce cadre idyllique, il peut se permettre de poursuivre ses recherches. Pourtant, très vite, autour de lui, les faux-semblants se délitent et la pourriture d’une famille aux lourds atavismes refait surface. Les découvertes saumâtres surabondent et le personnage principal constate à l’œil nu que l’étude du comportement des fourmis possède d’étranges similitudes avec sa belle famille.

Cinéaste de San Francisco qui a fait carrière à Londres et fut révélé à Cannes, en 1993, avec La Musique du hasard, un thriller psychologique adapté d’un roman de Paul Auster, Philip Haas n’est pas un immense réal. Mais sur ce coup, en adaptant une nouvelle de A.S. Byatt, il a su étudier tel un entomologiste la société anglaise de l’époque victorienne: son luxe de surface, ses secrets honteux. Et capte les certitudes et l’arrogance de l’aristocratie britannique reculant devant les théories de l’évolution de Darwin avec d’un côté ceux qui croient encore aux anges et ceux qui regarder les insectes muter. En d’autres termes, un monde meurt, celui de l’inné et du droit du sang, ébranlé par l’arrivée de l’acquis (l’intelligence, le savoir et la douceur).

Sur les terres de Peter Greenaway (académisme de surface, miasmes pathologiques dans les profondeurs), ce film aux touches impressionnistes adapté d’un roman de Antonia Susan Byatt se nourrit autant de la confrontation des classes sociales, de la décrépitude d’un bonheur artificiel, que d’un érotisme discret. La bande-son de Alexander Balanescu décline des émotions infinitésimales. Dans le rôle du naturaliste pauvre entrant dans une riche famille par le lien du mariage, Mark Rylance, vu dans Institut Benjamenta des frères Quay et avant Intimité de Patrice Chéreau, traduit beaucoup par la simple intensité de son regard. Dévasté par le monde qui s’écroule autour de lui, son personnage ne trouve la confiance que dans le regard d’une femme d’extérieur, incarnée par Kristin Scott Thomas, distinguée parce qu’elle n’appartient pas à la haute bourgeoisie. Patsy Kensit, chanteuse du groupe Eight Wonder dans les années 80, possède la beauté virginale d’une rose fanée. C’est aussi et surtout le plus bel insecte de ce film peuplé de démons.

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