Depuis « Donnie Darko », les reprises de « Mad World » de Tears for Fears se ramassent à la pelle

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Titre présent sur le premier album du groupe (The Hurting en 1983), Mad World de Tears for Fears n’a cessé d’être repris à toutes les sauces depuis la version entendue dans Donnie Darko et interprétée magistralement par Gary Jules.

Mad World de Tears for Fears est devenu un classique, figurant sur le premier album new wave de Tears For Fears, The Hurting, en 1983. Ce que le groupe ignorait à cette époque, c’est que le morceau leur survivrait des décennies après et continuerait d’être repris en cover sur YouTube et exploité dans les publicités (à noter, une bonne version reprise par la chanteuse Nöem pour une pub de voiture et qui demeure inexplicablement introuvable en intégralité).

 

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À l’origine de sa résurrection, un film: Donnie Darko, le premier de Richard Kelly (2001), un long qu’on ne présente plus et un réal qui rejoue ce titre, à l’instar celui d’Aimee Mann dans Magnolia (1999) pour passer en revue tous les personnages de ce film choral, seuls avec leurs doutes, leurs cauchemars et leurs espoirs, autour du personnage éponyme joué par Jake Gyllenhaal.

Cette réutilisation, on la doit au compositeur Michael Andrews qui, pendant Noël 2000, a demandé à Gary Jules, un ami d’enfance, de passer par son studio à Los Angeles, alors qu’il terminait la partition de ce film à petit budget destiné au circuit d’art et d’essai. À court d’argent, il ne pouvait pas se permettre son premier choix pour la scène finale (MLK de U2). Il a donc installé un microphone dans un couloir et a demandé au pote de chanter Mad World, sur l’arrangement au piano mélancolique d’Andrews. La démo ne serait qu’un début. Si le réalisateur aimait l’enregistrement, Andrews mettrait en place une production plus soignée. Le réenregistrement ne sera pas nécessaire. Kelly adore ça et le valide tel quel auprès de ses producteurs.

Si elle a toujours le vent en poupe en 2023, cette chanson date des années Reagan. C’est Roland Orzabal qui l’a écrite et a élaboré la musique avec Curt Smith dans son appartement de Bath, en Angleterre. « C’était l’une des chansons les plus rapides à écrire », dit Curt Smith, qui a formé Tears for Fears avec Orzabal, à The Boston Globe. « Je me souviens qu’elle a été écrite en une heure ou deux dans le petit appartement de Roland au-dessus d’une pizzeria. C’est vraiment une chanson de voyeur. Elle regarde un monde fou avec les yeux d’un adolescent. » Parfait pour Donnie Darko. C’est à nos confrères du Parisien que Orzabal explique la suite: « Je me souviens parfaitement du jour où j’ai reçu le fax pour demander notre autorisation d’utiliser la chanson », raconte-t-il. « J’ai accepté, car Drew Barrymore faisait partie des producteurs du film, sans trop savoir ce qu’elle deviendrait. Quelques mois ont passé et un ami a emmené le single de Gary Jules à la maison. Mon plus jeune fils, qui avait 8 ans, l’a chantée en entier. J’étais bluffé. Entendre ces paroles, que j’avais écrite il y a si longtemps, dans sa bouche, c’était très émouvant. » Et le fait que bien des jeunes la connaissent encore aujourd’hui? Selon Curt Smith, toujours dans Le Parisien, « elle résonne en eux, car nous l’avons écrit au même âge. Politiquement, beaucoup de nos paroles restent pertinentes aujourd’hui. Malheureusement, car elles sont souvent sombres. »

C’est ainsi qu’a commencé le chemin improbable de cette reprise de Mad World qui est devenue un véritable succès pop, la coqueluche des candidats de télé-crochet qui ont sans doute entendu la version de la jeune Anglaise Jasmine Thompson. Ou bien celles de Imagine Dragons, Twenty One Pilots, Nicola Sirkis d’Indochine. Ou encore de Mylène Farmer qui a invité Gary Jules sur scène lors d’un concert. Donnie Darko a donc changé la vie de Jules: les téléspectateurs ont pu l’entendre dans différentes séries (Smallville, Without a Trace, Judging Amy) ou à la radio. Ce qui a permis à celui qui avait été rejeté de toutes les maisons de disque de sortir un album qu’il avait autoproduit pendant trois ans (Trading Snakeoil for Wolftickets, chez Universal en 2004). Soit un rappel important pour l’industrie musicale et les créateurs en herbe: une bonne chanson n’a pas à correspondre à une formule, c’est parfois un simple alignement des planètes. T.A.

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