Alan Vega, l’une des figures les plus marquantes des débuts de la scène punk américaine et un pionnier de la musique électronique avec son groupe Suicide, est mort « paisiblement dans son sommeil » samedi à l’âge de 78 ans, a annoncé sa famille dans un communiqué. Sans Alan Vega, star éblouissante de l’underground, pas de vertige.
Henry Rollins, un autre porte-drapeau du punk aux États-Unis, a diffusé la nouvelle en postant le communiqué de la famille sur son site internet. «C’est avec une profonde tristesse et une immobilité que seule une nouvelle comme celle-là peut provoquer, que nous avons le regret de vous informer que le grand artiste et la force créatrice, Alan Vega est décédé», poursuit la famille. Elle rend hommage à l’esprit d’avant-garde et sans concession de Boruch. «Alan Vega était l’essence même de l’artiste à tous les niveaux imaginables. Toute sa vie a été consacrée à donner vie à ce que sa vision lui commandait de faire», souligne la famille de l’artiste qui était également connu comme sculpteur et un peintre et bien entendu d’avant-garde. Souvenons-nous ensemble que le musée d’art moderne de Lyon avait consacré une grande exposition – rétrospective Infinite Mercy à son œuvre en 2009. Vega a très tôt réalisé des sculptures de lumière avec des tubes de néon. A la fin des années 50, Vega avait a étudié la physique et les arts au Brooklyn College, avec le surréaliste suisse Kurt Seligmann et le peintre abstrait radical Ad Reinhardt. A sa sortie de l’école en 1969, il a rejoint l’Art Workers Coalition, un groupe d’artistes radicaux, à l’origine d’une très fameuse polémique avec le Museum of Modern Art de New York, autour d’un poster dénonçant la guerre du Vietnam. Il a aussi été membre de l’une des toutes premières galeries d’art alternative et multimédia de New York. A 33 ans, il a ouvert une galerie d’art à Manhattan et y réalise des happenings, auxquels se rendent, entre autres, Blondie ou les New York Dolls. Il y rencontre le claviériste Martin Dev avec qui il forme ensuite le groupe punk Suicide, qui fait musicalement le pont entre les Doors, The Cure et les Slits.
«Alan n’était pas uniquement incroyablement créatif, composant de la musique et continuant à peindre jusqu’au dernier jour, il était également absolument unique. Aux côtés de Martin Rev, au début des 70’s, il a formé le groupe novateur à deux que nous avons connu sous le nom de Suicide. Presque immédiatement, leur musique aussi démente qu’inclassable s’est dressée contre tous les courants dominants. Leurs performances électrisantes, des années avant l’envol du punk, appartiennent à la légende du rock. Pour moi, leur tout premier album éponyme constitue sans doute l’un des épisodes les plus cruciaux de toute la musique Américaine.» HENRY ROLLINS
Né à Brooklyn, un quartier de New York, en 1938, Alan Vega (Alan Bermowitz de son vrai nom) a fondé Suicide en 1970, un duo dont il était le chanteur et Martin Rev (alias Martin Reverby) tenait les claviers. Dès la première écoute, le choc est total, c’est Lynch avant l’heure, c’est du rockabilly futuriste, de l’ancien et du neuf confondus, de l’amour d’oxymore, quelque part entre le rock d’Elvis (Vega ne s’est jamais remis de l’apparition de Presley au Ed Sullivan Show en 1956, il avait alors 18 ans) et les prémisses de la techno (Kraftwerk, tremblez!).
Le premier album éponyme Suicide sort en 1977 et est considéré comme l’un des marqueurs dans l’histoire du rock. Il a influencé d’innombrables groupes de la New Wave des années 80 mais aussi des rockers comme Bruce Springsteen, dont l’album Nebraska a été fortement inspiré par Frankie Teardrop, une chanson de 10 minutes racontant le meurtre de sa femme et de ses enfants par un ouvrier. Le rythme basique et lancinant des claviers de Rev sur Suicide a donné le ton pour plusieurs générations de musique électronique. Le phrasé très particulier d’Alan Vega a aussi inspiré de nombreux chanteurs et de nombreux cinéastes, isn’t it Rainer?
Avec Suicide, Alan Vega et Martin Rev nous invitent à découvrir ce qui se cache de torturé, de ténébreux, de sombre, derrière des musiques apparemment enjouées sans cesse menacées par une gravité qui pourrait bien être la culpabilité du bonheur ou l’attirance des zones d’ombre. Ils annoncent toute la noirceur des années 80 et par extension la noirceur des États-Unis, de toute la mélancolie latente.
Alan et Martin affirmé avoir été inspiré par un concert des Stooges d’Iggy Pop à New York en 1969. Le duo est crédité de l’utilisation du terme punk pour se décrire. Et sur les premiers posters du duo on pouvait lire l’expression qui fera ensuite florès et définira tout un genre musical Punk Music. «Jusque-là le mot n’existait pas. Mais c’était juste une façon d’être. Nous n’aurions jamais imaginé qu’il y aurait un mouvement punk», a expliqué Vega dans un interview à Igloo en 2008.Les concerts étaient provocateurs à dessein et Vega, qui à ses début montait sur scène avec une chaîne de moto, était souvent visé par divers objets: des « classiques » de concert rock comme des chaises ou des bouteilles mais aussi un tomahawk, lancé sur lui lors d’une tournée avec les Clash. «Les gens venaient de la rue pour être divertis par notre groupe et pour oublier leurs problèmes pendant un petit moment, mais quand ils viennent à un concert de Suicide on leur balance la rue dans la figure et c’est sûr que ça a probablement énervé tout le monde», a t-il reconnu.
En 1980, Alan Vega sort Jukebox Baby, un morceau très rockabilly en solo et fait un tabac en France, où il sera un moment plus connu que dans son pays natal. En France, toujours, des décennies plus tard, il compose la BOF du film Sombre, de Philippe Grandrieux. Notre étoile de l’underground a récemment fait un duo avec le chanteur Christophe, qui est un fan absolu (Tangerine sur Les vestiges du chaos). Alan Vega était de santé fragile depuis un accident vasculaire cérébral en 2012. Adieu et merci pour tout.

