Un scénariste de films populaires dont la vie de famille s’effondre a du mal à écrire son prochain film d’horreur. C’est le programme de Deadline, film méconnu et bien dérangeant de Mario Azzopardi.
Les expériences méta dans le cinéma d’horreur (en d’autres termes, qui réfléchissent sur ce qu’ils montrent, cachent des discours derrière les images etc.) n’ont pas attendu la pose du petit malin post-moderniste pour se frayer un chemin dans le monde de la série B. Citons en vrac le généreux Popcorn, le post-Maniac Les frénétiques (tourné à Cannes comme La cité de la peur des Nuls!), le concon Return to Horror High, l’indispensable Panic sur Florida Beach, le perverissimo Body Double (avec son héros claustro incapable de sortir de son cercueil en carton-pâte) et accessoirement Blow Out, l’horribeul The Black Cat avec Florence Guerin, le vertigineux Arrebato, le croquignolet Murder Obsession réalisé par un Riccardo Freda au bout du roul, Special Effects avec la regrettée Zoe Lund… Mais dans le genre déglingué, peu se sont aventurés sur les terrains du méconnu Deadline, petit film canadien dingo, mais aussi premier et dernier coup d’éclat de Mario Azzopardi qui; après Nowhere to hide, une réponse féminine au premier Rambo, a pris la route des téléfilms de confort et des dtv interdits.
Pas de réalisateur furax dans Deadline, mais un scénariste rendu célèbre pour ses pitchs de films d’horreurs insane, comme le fictif The Executionners, dont la scène emblématique montre une pendaison collective particulièrement gratinée. Flanqué de ses trois enfants et de son épouse froufrou à collier, l’homme par-qui-le-succès-arrive voit le pont d’or dressé devant lui partir (lentement, mais sûrement) en morceaux. Cela vient bien sûr des réactions virulentes de ses détracteurs, des pressions du studio lui quémandant une nouvelle histoire à dormir debout, des tournages interrompus et de son rôle de père, plus d’une fois remis en question. Délaissant sa famille pour sa machine à écrire, le brave Steven ne voit pas son petit monde changer autour de lui. En bref, nous voilà sur les rives d’un drame volontiers grinçant, où même le tournage d’une séquence sanguinolente a priori tordante se transforme en véritable pugilat.
Avec une bonne dose de gratuité, Deadline entrecoupe les mésaventures de son Stephen King de bric et de broc (car il est impossible de ne pas penser au plus célèbre écrivain du Maine) au gré de séquences gores hallucinantes, comme ce corps broyé sous l’injonction d’un bouc maléfique, un prêtre crucifié et grignoté par des nonnes ou une mamie calcinée par le feu joueur de ses petits enfants! On en rirait bien si le fil rouge ne virerait pas à la tragédie la plus totale: tout ce qu’on peut dire, c’est que la petite Cindy Hinds, la blondinette déjà fort maltraitée de Chromosome 3, n’a pas eu beaucoup de chance au cinéma! De la satire, Deadline vire descente aux enfers, tendance morbide et carabinée. Quelque chose de sale qui vous reste clairement en travers de la gorge… J.M.
Réalisateur : Mario AzzopardiDurée : 1h27min. Langues : Français Genre : Fiction : Drame • Fiction : Epouvante/Horreur |

Réalisateur : Mario Azzopardi