Si Daydream premier du nom réalisé en 1964 est considéré comme le premier pinku eiga, Daydream version 1981, toujours réalisée par Tetsuji Takechi, passe pour l’un des premiers X japonais. Les grandes lignes restent, le réalisateur aussi, à la limite de la redite, mais réactivant le trouble de son modèle avec d’autres moyens.
Comme dans son aîné, une séance chez le dentiste se transforme en rituel sensuel, où l’épreuve pour les nerfs (insistante sur les bruits de roulettes ou d’instruments grattant les dents immaculées) devient celle des sens. L’eau s’écoule en jet sur la bouche, les doigts caressent les lèvres, s’introduisent. Plus tard, une pâte blanche vient s’étaler onctueusement sur la patiente. Puis soudain la dégringolade. Un vampire acharné, un témoin impuissant, une donzelle en détresse: tout est là. À l’expressionnisme ténébreux du précédent opus, Tetsuji Takechi lui préfère les néons du Tokyo interlope, les galeries marchandes désertes, les boutiques délaissées, comme un hurlement kitsch qu’on voudrait étouffer On retrouve cette scène incroyable de l’escalator choppé à l’envers, la victime nue comme un ver prête à être croquée par un Dracula de pacotille, mais cette fois dans un décor nimbé de néons.

De nouvelles visions folles et radicales qui prouvent que Takechi en avait encore dans le ventre, comme ce train fantôme lubrique ou – idée du siècle – ce lavage érotique au car wash où la mousse fouette voluptueusement une nymphe ravie. On gagne en scènes gores et spectaculaires, comme avec cette scène (déjà présente dans l’original) où l’héroïne saignée en place publique traîne sa carcasse dans l’eau d’une fontaine et sur le carrelage d’un shopping mall témoin. Porn oblige, Daydream se réserve aussi quelques scènes pornos hélas moins imaginatives, sans doute ici pour justifier la transition vers une nouvelle époque. Rinse Dreams n’était pas loin. En 1987, Day Dream 2 repart de plus belle, avec cette fois des succubes en place du vampire de carnaval. Nettement axé fesse, Tetsuji Takechi fait gagner en chair ce qu’il perd en trouble: trop peu de saillies oniriques, et plus de saillies tout court. Quoi qu’il en soit, voilà des objets non identifiés qu’on ne risque hélas plus de revoir dans le circuit X actuel. J.M.
