Sean Byrne refait surface et, bordel, on a failli l’oublier. Dix ans sans rien faire depuis The Devil’s Candy (2015), ça la fout mal, surtout quand on sort du bois avec une série B australienne qui donne un coup de palme à la gorge du survival marin. Dangerous Animals, c’est un slasher mouillé, dégoulinant de sel, de sang et de pellicule chauffée à blanc. Et ce n’est pas qu’un trip de série Z, c’est une leçon de cinéma de genre, comme emballée par un forain.
Byrne ne tourne pas autour du pot. Il commence sec, avec une séquence d’ouverture qui envoie deux touristes droit dans le ventre d’un requin, littéralement. C’est là qu’entre en scène Tucker, psychopathe aquatique joué par un Jai Courtney possédé par le démon des sales gueules. L’ancienne trogne de Suicide Squad (2016) y campe un « dresseur » de squales aussi mystique que méthodique, qui pense que les grands blancs sont des dieux affamés, à nourrir de chair fraîche et de détresse féminine. Il n’est pas là pour papoter. Il tue, filme, soupire — un rituel morbide, presque religieux, sans le prêche indigeste des méchants à monologue. Byrne a l’intelligence de garder son monstre taiseux quant à ses motivations, à peine esquissées entre deux giclées de tripes.
Le film bascule alors sur un autre clou rouillé : Zephyr (Hassie Harrison), surfeuse sans attaches, rebelle et beauté coriace sortie d’un vieux rêve californien rongé par l’écume. Elle vit dans son van, surfe à l’aube, drague à l’occasion. Et c’est justement après une partie de jambes en l’air aussi sèche qu’un reef que Tucker la chope, la ficelle, et la traîne dans son bateau infernal. Voilà le ring : elle, lui, les dents de la mer. Et rien d’autre que l’eau noire pour hurler. Pas de secours, pas d’amis, juste des requins qui tournent, affamés comme des spectateurs de minuit devant un bon vieux DTV bourré aux stéroïdes.
Heureusement, Dangerous Animals ne se vautre pas dans un foutoir trop gras. C’est un film pensé, monté au cordeau, rythmé comme un riff de stoner metal. Byrne évite l’écueil des montages épileptiques : chaque affrontement entre Zephyr et Tucker est un ballet de sueur et de sang, une danse de la mort dans les entrailles rouillées d’un bateau isolé. Le score de Michael Yezerski, symphonie virile entre John Carpenter et les envolées saturées de Goblin, donne au tout une respiration gothique, comme si l’océan lui-même haletait.
Là où beaucoup auraient tiré à blanc, Byrne vise juste. Il filme chaque crochet, chaque dent, chaque impact avec une précision sadique. Les corps claquent, les mâchoires s’ouvrent, et les cris sont étouffés par les vagues. On pense à Razorback (1984), le cochon mutant de Russell Mulcahy, ou aux moments les plus barés de Long Weekend (1978) — ce cinéma australien qui n’a jamais eu peur de confronter l’homme à une nature aussi sublime qu’implacable. Byrne y ajoute la cruauté des années 80, celle des vidéoclubs où l’on découvrait Maniac (1980) entre deux pornos japonais trop vaporeux pour le seul monde des hommes, avec cette élégance macabre qui le démarque de la meute.
Certes, Dangerous Animals traîne un peu les palmes dans son premier acte, et l’ultime quart d’heure tire quelques balles à blanc dans le registre des faux départs. Mais comment bouder son plaisir ? Zephyr est une héroïne d’os et de nerfs, sorte de Ellen Ripley sur planche, qui refuse la posture de victime. Elle saigne, elle morfle, mais elle mord aussi, et la dernière partie du film, quand le jeu du chat et de la souris se transforme en vendetta, ferait rougir un sushi de thon rouge.
Ce n’est pas un chef-d’œuvre, non. C’est bien mieux : un plaisir coupable parfaitement assumé, exécuté avec rigueur. Et dans ce monde saturé de blockbusters aseptisés où même les monstres portent des capes, regarder un film aussi bêtement efficace, c’est un peu comme plonger la tête dans une glacière pleine de bières après une journée passée sur Teams.
Si The Loved Ones (2009) suintait la folie adolescente et The Devil’s Candy grattait les croûtes de l’obsession artistique, Dangerous Animals est une plongée dans les abysses de la dévotion mal placée, où le rêve australien devient cauchemar bleu océan. Un cauchemar qu’on savoure, chaque morsure après l’autre. Bienvenue dans la cage.
23 juillet 2025 en salle | 1h 38min | Epouvante-horreur, ThrillerDe Sean Byrne | Par Nick Lepard Avec Jai Courtney, Hassie Harrison, Josh Heuston |
23 juillet 2025 en salle | 1h 38min | Epouvante-horreur, Thriller


