Ce groupe pilier du rock anglais des années 1990, obligé par un obscur chanteur de bars homonyme à changer leur nom en The London Suede aux États-Unis, se forme en 1989 au moment où la scène rock indé britannique se regardait les orteils (la vogue du « shoegazing »). À sa tête, figurent le chanteur Brett Anderson et le guitariste Bernard Butler (qui quittera le groupe en 1994), originaires de Haywards Heath, au sud de Londres.
Influencé par David Bowie, John Lennon et Prince, Suede s’exprime aux antipodes du grunge, voulant remettre au goût du jour le glam rock avec son strass, ses paillettes, son arrogance théâtrale Il appartient à l’ère de la britpop des années 90, mais s’est toujours senti en marge des autres groupes cartonnant à l’époque (Pulp, Oasis, Blur ou The La’s), ces mêmes groupes les ayant d’ailleurs enterrés en termes de popularité. Un groupe « maudit » dans la galaxie rock anglaise des années 90 qui tient par la personnalité vocale de Brett Anderson, dandy néo-glam à la voix astrale qui prétendait lors de cette décennie incarner le sex-symbol du nouveau rock décadent avec son maniérisme vocal – le Melody Maker parle même à son sujet de « triomphe de la décadence aristo sur la pop prolo ». Forcément, ça ne fait pas l’unanimité, mais pour peu qu’on aime ça, c’est une régalade.
Certains connaissaient Suede depuis ses débuts, des hymnes adolescents (So Young, Metal Mickey) aux ballades funéraires (She’s Dead, Sleeping Pills), suivant l’évolution sombre, romantique et mouvementé du groupe. « Dès le départ, nous avons toujours mené notre barque, à l’écart », martèle Anderson à qui veut l’entendre. « Tout comme Supergrass », ajoute-t-il, « le meilleur groupe de la BritPop », dit-il encore. D’autres l’ont découvert grâce au film Nowhere de Gregg Araki où l’on entend ce démentiel Trash, enregistré avec le remplaçant de Butler, Richard Oakes, et disponible sur le seul vrai succès commercial (l’album Coming up, en 1996) qui ressemble à une alchimie du lyrisme décadent de Bowie, des guitares scintillantes de T. Rex et des épanchements émotionnels des Smiths et sur lequel Anderson a un point de vue mitigé: « J’ai toujours été frustré par sa production, elle n’aurait jamais dû sonner comme ça », dit-il en interview. « On a accéléré la musique et la voix, ce qui fait sonner le tout très aigu. La voix haut perchée ne me ressemble pas. Ed Buller, notre producteur sur l’album Coming Up, trouvait que la chanson était trop lente. Nous voulions la réenregistrer, mais il a préféré l’accélérer artificiellement. Technique courante dans les années 90, que l’on retrouve sur beaucoup d’albums, y compris dans des rééditions des Beatles ou Abba. Quand elle est appliquée avec finesse, on ne remarque rien, mais parfois, comme sur Trash, la chanson s’en trouve totalement dépréciée. Je le regrette vraiment. C’est en partie pour cela que je l’ai souvent jouée seul et en acoustique, sur un tempo beaucoup plus lent. Pour retrouver son esprit d’origine. »



