Culte des années 90: Soundgarden – « Black Hole Sun »

« Boiling heat, summer stench/’Neath the black the sky looks dead/Call my name through the cream/And I’ll hear you scream again » (« Chaleur bouillante, puanteur d’été/Sous le noir, le ciel semble mort/Appelle mon nom à travers la crème/Et je t’entendrai crier à nouveau »). C’est le pouvoir du soleil noir de Soundgarden, tube des années 90, qui passait en boucle sur Fun Radio, à une époque où il passait du rock à l’antenne (comme Skyrock, d’ailleurs)… C’est surtout un morceau qui peut déchirer en deux, comme le reconnait le producteur Michael Beinhorn. Une semaine avant d’entendre la démo de Soundgarden pour la première fois, il avait assisté aux funérailles d’un proche et, dès le premier couplet, les paroles ont ravivé la douleur. À chaque écoute, c’est devenu de plus en plus viscéral.

Naturellement, Beinhorn s’est demandé à quoi pensait l’auteur (Chris Cornell, leader du groupe qui se donnera la mort en 2017 à l’âge de 52 ans) lorsqu’il l’a écrit, pour provoquer une telle puissance émotionnelle. Il lui a simplement répondu: « Eh bien, ce ne sont que des mots ». C’est toute la beauté paradoxale de ce Black Hole Sun. Le plus grand et le plus durable des tubes de Soundgarden réussit à émouvoir au plus profond tout en étant un mélange impénétrable de phrases intelligentes. C’est donc ça le secret du Black Hole Sun, qui a dépassé tout le monde, y compris son créateur: Un sabir secret? Une catharsis du malheur qui ne dit pas son nom? Un reflet du chagrin de chacun et du monde entier? Sous le soleil noir exactement? Mais où sont passées les gazelles?

Dans les années 90, Soundgarden (le guitariste Kim Thayil, le batteur Matt Cameron et le leader-chanteur Chris Cornell) était l’un des groupes les plus vendeurs du rock yankee. C’était aussi et surtout l’un des premiers groupes à émerger de la scène de Seattle au milieu des années 80, succédant au précédent groupe The Shemps formé par Cornell et Thayil et se faisait remarquer dès le mitan des années 80 avec Screaming Life, premier mini-album enregistré pour l’indépendant Sub Pop; ce qui en faisait un groupe proche de Nirvana. Premiers architectes du son grunge, ils partageaient avec le groupe de Kurt Kobain une appétence pour la débauche sonore comme la destructuration alanguie. Pour les plus jeunes, spectateurs des programmes tardifs de MTV, c’est par le clip et la chanson Black Hole Sun (1994) qu’ils sont naturellement venus vers ce groupe.

Un hymne obligé, composé par Cornell « en moins d’un quart d’heure » alors qu’il jouait sur une enceinte acoustique: la « cabine Leslie » (« J’ai écrit cette chanson en pensant que le groupe n’en voudrait pas… elle est devenue le plus grand succès de l’été », a déclaré Cornell). Le résultat, issu de l’album Superunknown, est qualifié par le batteur Matt Cameron comme « un grand écart » dans la carrière de Soundgarden. Anecdote: peu après les attentats du 11 septembre 2001, Aux États-Unis, le consortium Clear Channel, alors propriétaire de plus de 200 radios américaines, a fait circuler peu après les attentats une liste de 160 chansons qu’il recommandait de ne plus diffuser à l’antenne. Les chansons visées étaient celles évoquant la mort, la violence, le feu, les bombes et les avions. Black Hole Sun en faisait partie. Peut-être est-ce lié à l’humeur dépressive du morceau ou, incidemment, au clip apocalyptique et étrange, tout aussi bad-trip, réalisé par Howard Greenhalgh.

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