Leurs chansons ressemblaient au trip hop avant même que le trip hop n’existe. Mais Ghia n’a pas eu la percée méritée dans les années 80. On peut même dire que le groupe a été rejeté en son temps. Fondé en 1983 par de vieux amis, Lutz Boberg et Frank Simon, qui avaient participé à plusieurs projets communs de jazz et de pop depuis l’âge de quinze ans, le groupe allemand Ghia a franchi l’étape suivante vers la célébrité deux ans plus avec l’arrivée de la chanteuse Lisa Ohm. En résulte ce très beau Sleep on my pillow, qui parle d’une rupture amoureuse avec des mots simples et définitifs.
Mais derrière cette chanson triste, se cache le vrai désarroi d’un groupe sur le point d’intéresser les grandes maisons de disques, mais qui n’a essuyé que des refus pendant des années (ni EMI ni Sony ne les signent, trouvant que leur musique ressemble trop à… du Sade): « Lorsque nous nous sommes présentés chez Sony à Francfort, le type s’est vraiment énervé parce que nous avions osé lui faire perdre son temps avec quelque chose comme ça », se souvient Lutz Boberg, auteur-compositeur et claviériste du groupe. « En plus, je portais des sandales Birkenstock, et je ne pense pas qu’il ait beaucoup apprécié. »
Les possibilités d’un contrat avec une grande maison de disques s’étant évanouies, le seul album du groupe regroupera les morceaux You Won’t Sleep On My Pillow et What’s Your Voodoo? (écoutable ici, et un peu moins bon que l’autre) en 1991, ainsi qu’un EP, tous deux sortis sur le petit label Mikado. Près de 30 ans plus tard, You won’t Sleep on my pillow connait une seconde vie sur les Internets (merci YouTube) et les derniers exemplaires de l’édition vinyle se sont rapidement écoulés. Comme quoi, il ne faut jamais désespérer.



