Plusieurs choses restent de Faithless, groupe mésestimé, sans doute le plus viscéral de cette veine et de cette période: une voix, une atmosphère, une inquiétude urbaine. Alors que la frivolité était le mot d’ordre de tous nos amis sur scène au Dance Machine comme La Bouche, La Vache ou 20 Fingers, les trois britanniques de Faithless se voulaient plus tourmentés, plus Massive Attack dans l’esprit, et il serait criminel de résumer leurs compositions à de la simple Eurodance, trop denses pour être cloisonnées dans un registre univoque. Parlons alors d’un groupe de «musique électronique», composé de Maxi Jazz (chanteur), Sister Bliss (mixeuse avec piano, violon, saxophone et basse) et Rollo Armstrong (producteur), créé en 1995. Leur premier tube, sorti cette année-là, s’intitule Salva Mea. Tout un programme.
Pour vous résumer ce morceau anxieux et traduire en même temps le mood des années 90, on se croirait chez Thierry Ardisson le samedi soir puis à mi-parcours, on divague et on tombe sur un film d’horreur dans le Quartier Interdit de Jean-Pierre Dionnet.
Le morceau est solide. Atmosphérique, il ne ressemble à rien de réellement connu dans l’univers Eurodance. Cela vient sans doute de l’expérience passée du producteur Rollo, riche de ses expériences formatrices de DJ au contact de caractères à l’instar de Simply Red, des Pet Shop Boys ou encore de Björk. Mais aussi de Sister Bliss, DJ de house music de renommée. Ces deux-là se connaissaient depuis le début des années 90; c’est le charismatique chanteur Maxi Jazz qui est venu apporter la touche finale à Faithless.
En découle un vrai tube mental, numéro 1 au Hit des clubs pendant des semaines et des semaines: Insomnia où Maxi Jazz, avec sa voix gutturale, explique à quel point il n’arrive pas à dormir, la musique semblant traduire tous les sons étranges et lancinants dans sa tête…
Et quand plus tard Maxi Jazz nous explique avec son style inimitable que God Is a DJ, on le croit sur parole.
Pendant plus d’une dizaine d’années, Faithless enregistre six albums studio dont les ventes dépassent les 15 millions de disques dans le monde entier. En 2011, le groupe annonce sa séparation après leur concert Passing The Baton à la Brixton Academy le 7 et 8 avril. Pour le fun et pour souffler 20 bougies, Faithless se reforme en 2015. A cette occasion, sort Faithless 2.0, un album composé de remix de leurs plus grands succès. Parmi les DJs invités sur l’opus, on retrouve entre autre Avicii, Tiësto, Rudimental ou encore Armin Van Buuren. On a tous vieilli et après avoir connu l’enfer de l’insomnie, l’illuminé Faithless est formel: on ira tous au paradis.



