La première fois où l’on a entendu parler de E-Type en France, c’était lors du Dance Machine 6, peut-être le dernier des Dance Machine profondément Eurodance avant la décadence du Dance Machine 8 voulant surfer sur le revival disco (voir I don’t wanna be a star de Corona), les prémisses de boy’s band faisant passer nos amis de East 17 pour NTM ou encore le r’n’b français assez piteux de Ophely et de ses potes de Roman Photo (si vous ne vous souvenez pas de ce groupe, vous avez de la chance). Là n’est pas le sujet. Le sujet, c’est E-Type et la découverte de cette chanson, avec nos yeux d’ados, tard, le soir. Cette véritable bombe sublimée par la réalisation alors survitaminée d’Anne Dor et les faux cris pulsant aux quatre coins de Bercy nous a mis en N’Trance.
Bien sûr, on ne comprend rien de ce que raconte Martin «E-Type» Eriksson qui parle vite, saccadé, sautillant et vénère. En revanche, on comprend le refrain chanté par une formidable choriste, d’une vulgarité ravissante, dont le sex appeal, la voix puissante, les cheveux tirés et la démarche féline contrastaient génialement avec la désinvolture de l’excité Martin qui, sur scène, semblait revenir de ses vacances en camping. N’empêche quel morceau.
À partir de cet éclat, E-Type se retrouve dans tous les magazines branchés pour ado d’époque. À commencer par le fameux XL, magazine so Fun Radio, célèbre pour sa couv cartonneuse, dont les critiques cinéma étaient rédigées par Christophe Carrière et dont on se remémore avec émotion les barres de rire devant les hypocrisies et les phrases toutes faites de ce cher Focu, ce génial personnage créé par Diego Aranega. Ou encore les Dance Attitude (magazine + compilation) dont tu voyais les pubs sur M6 et que t’achetais chez ton marchand de journaux avec deux trois francs dans ta poche.
Avant de le découvrir sur la scène de Bercy, E-Type a commencé sa carrière en 1991 aux côtés d’un certain Stakka Bo (alias Bo Johan Renck), à qui l’on doit de zolis morceaux tels We wie (en duo avec Titiyo) et The Great Blondino et qui est depuis reconverti clippeur – il a notamment signé le clip du Blackstar de David Bowie. Sa carrière solo commence en 1994 sous l’égide des producteurs Denniz Pop et Max Martin, l’homme derrière Baby one more time de Britney Spears et Tell Me What You Like de Jessica Folker (qui se ressemblent beaucoup d’ailleurs). Grâce à eux, naissent This is the way et Set the world on fire, qui cartonnent.
Des tubes qui donnent envie de méga-méga-mégamix à chanter en playback au Hit Machine devant un public gentil… La question que vous vous posez tous, à ce stade: MAIS QUI EST CETTE CHORISTE DE LA MORT QUI L’ACCOMPAGNE PARTOUT? Ladite plantureuse choriste s’appelle Dee Demirbag, mannequin danseuse, mais hélas pas chanteuse pour deux flancs (la vraie chanteuse des tubes d’E-Type s’appelle Nana Hedin), elle avait commencé à chanter avec lui, mais pour séduire les fans d’Eurodance, une gogo-danseuse au demeurant fort sympathique, mais n’ayant jamais chanté une seule fois. Désolé donc de vous casser le mythe.
Très vite lassé par l’Eurodance, E-Type commet l’erreur de changer de registre avec son troisième album, Last man standing. Résultat: personne ne le suit. La carrière de E-Type a décollé comme une fusée mais le succès s’avère finalement de courte durée. Comme il ne chante plus désormais, Martin Eriksson s’est reconverti dans l’écriture, signant l’intrigant Sveakampen (une « semi-autobiographie relatant en parallèle l’histoire des vikings »), adapté en jeu vidéo. Tant mieux pour lui. À noter sa volonté de revival Eurodance en 2011 avec Back to life. Mais nos oreilles ont saigné…



