Culte des années 90: Cappella – « U Got 2 Let The Music »

Quoi de plus emblématique que Cappella pour parler d’Eurodance? Nothing. Et pourtant, force est d’admettre que l’on n’a jamais porté Cappella dans nos cœurs. Et cela même quand nous étions au collège, à enchaîner les compilations TopDJ, La plus grande discothèque du monde, Dance Machine et consorts. D’ailleurs, Cappella s’y trouvait de manière inégale dans ces compils. Preuve qu’il s’agissait avant tout d’un groupe aux contours flous. D’ailleurs, y a-t-il réellement eu un groupe?

Cappella, c’est pour le fan d’Eurodance un peu ce que Scream de Wes Craven et Funny Games de Michael Haneke représentent aux adeptes de films d’horreur. Une démonstration cynique ou un mal nécessaire. En fait, ce que l’on a toujours reproché à Cappella, c’est de cracher aussi vulgairement dans la soupe, d’avoir cassé le mythe et accepté par exemple de participer à un reportage de Zone Interdite un dimanche soir au milieu des années 90. Interviewé, le producteur italien Gianfranco Bortolotti du label Media Records avançait crânement que l’Eurodance était uniquement un prétexte pour se faire de l’argent et, on résume, de la pure supercherie (que du playback, rien que du playback) calibrée pour z’ados fans de Sexy Zap. Honnête mais salaud pour nous, les ados des sociétés occidentales alors pleins de rêves.

A l’origine de Cappella donc, Gianfranco Bortolotti qui avait assimilé le principe de l’Eurodance comme machine à fric: un vague concept et des membres échangeables tournant les uns à la suite des autres, selon le fameux principe du patron capitaliste voulant que «non, personne n’est irremplaçable». Là où d’autres groupes créent un attachement avec la fanbase (comme les généreux 2 Unlimited), Cappella, lui, n’en a rien à foutre de sa fan-base avec un cynisme souverain qui peut forcer l’admiration. De toute façon, une écoute récente de tous les singles suffit à révéler qu’il n’y avait, jusque dans l’exécution, aucun respect envers celui qui écoutait ça. En d’autres termes, Bortolotti s’adressait plus aux bourrins toqués de tunning qu’aux collégiens/mélancoliques/acnéiques/pisseuses mouillant leur tee-shirt Dance Machine. Si la curiosité vous prend, et surtout si vous n’avez rien d’autre à foutre, regardez toutes les apparitions de Cappella lors des Dance Machine à Bercy, c’en est probant. Le playback (et la pauvreté scénique du rappeur-qui-followe-la-chanteuse-à-gauche-et-à-droite, mais bon, ça, on est habitués) ne dérange pas tant les spectateurs qui sont avant tout là pour bouger et beugler, sans nécessairement faire la distinction fondamentale entre Reel 2 Real et 2 In A Room, Corona et Black Box, Coro et Teleesa (comment ça, c’est le même groupe?).

Et pourtant… Même si nous avons pleinement conscience du cynisme rarement dragué par Cappella et son fieffé producteur, quelques tubes, à condition de se les approprier, peuvent prétendre à cette mélancolie que l’on chérit tant dans l’Eurodance. La mélancolique lunaire que seuls les fans purs et durs d’Eurodance peuvent comprendre… Et, dans cette façon de répéter la même boucle, dans cette façon d’évoluer, leurs morceaux réussissent malgré tout à créer de jolies images trippantes dans nos têtes – une sensation proche de l’abstraction que l’on peut retrouver en écoutant des compils Thunderdome ou de la trance par exemple.

Le hit phare de Cappella, celui dont tout le monde se souvient par cœur et qui figurait sur toutes les compils en 1993, c’était U Got 2 Let the Music, qui atteindra quand même la deuxième place des classements britanniques en 1993 et qui soulève encore la controverse chez les aficionados d’Eurodance: la manière dont U Got 2 Let the Music n’est en réalité qu’un vulgaire plagiat soupe du Sounds Like a Melody du génial groupe Alphaville. Comme Eve lève-toi de Julie Piétri, exactement… Un scandale au moins aussi scandaleux que le scandaleux « qui a copié qui » It’s a sin des Pet Shop Boys/Slave de François Feldman.

Avant de connaître cette gloire, Cappella s’avérait déjà plus un concept qu’un groupe. Un nom sans visage comme en témoigne leur premier tube: Bauhaus (Push the Beat), intégralement composé de samples reconnaissables à l’oreille nue. Déjà, Cappella érigeait le plagiat éhonté en art, de manière moins cool que Divine samplant les tubes disco dans les années 80, et le faisait plutôt efficacement. Là, on dirait une redite de Pump Up The Volume de M.A.R.R.S. pour les beaufs. Exactement comme, souvenez-vous, Lagaf avait détourné le French Kiss de Lil Louis pour Bo Le Lavabo, à nous faire encore aujourd’hui rougir de honte.

Bortolotti est content: sampler sans génie est à la mode et rapporte de l’argent. Pourquoi ne pas continuer dans cette voie rémunératrice? Il fait appel à plusieurs DJs italiens (Mauro Picotto, Citadini, Carpella), recrute la « chanteuse » Kelly Overett et le rappeur Rodney Bishop. Enfin, quand on dit « chanteuse », Kelly n’a fait que du playback. For instance, ce n’est pas elle qui chante sur Move It Up mais la choriste Jackie Rawe. Une nouvelle écoute de ce tube au GAME OVER très martelé permet d’attester que ce n’était guère plus honteux que mettons Cascada pour la génération suivante de la génération suivante…

Sans oublier les procès casseroles au cul… Par exemple, U and Me qui utilise un sample du titre Love Has Changed My Mind de Vicki Shepard; ce dernier n’ayant jamais obtenu réparation pour son usage frauduleux.

Ou encore U Got 2 Know qui plagie carrément deux autres titres: You Used to Hold Me de Ralphi Rosario et Xaviera Gold et Happy House de Siouxsie and the Banshees. Sans oublier le plagiat de Alphaville…

Peu importe, Cappella sort un premier album regroupant tous ces prêts à écouter Eurodance et ça cartonne sa mère: dixième place des ventes sur l’année 1994. Avec un titre inédit: Don’t be proud, passé complètement inaperçu et pourtant un des sommets de Cappella…

Mais ce gros filou de Bortolotti décide de virer Kelly Overett à la fin de l’enregistrement du premier album (ce qui, il est vrai, ne sera pas une grande perte étant donné qu’elle ne chante jamais) et la remplace par l’inconnue Allison Jordan. Rodney Bishop est lui aussi sur la sellette, fissa remplacé par Patrick Osborne avant de réintégrer le groupe par la peau du cul parce que Pat ne faisait pas l’affaire. Groupe plus dégénéré que jamais, Cappella sort un apocalyptique Tell Me the Way, rythmé par les jeux de bouche comme Cappella sait les faire, d’où un roboratif « kikiné-kikiné », répété jusqu’à l’épuisement.

Un second single aussi apocalyptique viendra nous réconcilier avec Cappella: I Need Your Love dont on adore à jamais la flamnboyante intro pleine de « IIIIII-IIIIII », comme si on avait marché sur les pieds de Allison.

Un deuxième album sort, intitulé War in Heaven, mi-1996, mais le groupe, malgré des efforts louables et en dépit de l’envie de prouver sur le tard qu’il valait mieux qu’une simple arnaque, disparaît en même temps que l’Eurodance. Cappella reste à jamais comme un parangon de l’Eurodance, représentant sa dark side: une absence totale de respect artistique. Cela ne nous empêche pas d’être malgré tout sensibles à la condition de ces singles voués à la destruction, prêts à consommer, prêts à disparaître. Et qui, derrière leur aspect industriel, n’en recèlent pas moins une vraie mélancolie. Cette foutue mélancolie de la consommation immédiate et de la ruine, inhérente à l’Eurodance, inhérente à nos heures passées à écouter des cassettes dans des walkmans aux piles usées, à écouter les méga-mix à la radio jusqu’à pas d’heure ou à contempler des clips les nuits de pleine lune… Mais il n’y a pas que Cappella dans la vie. Il y a aussi Anticappella…

Avouons-le sans honte: nous n’avons jamais rien compris à Anticappella. Mais alors rien du tout. Déjà producteur de Cappella, Gianfranco Bortolotti a produit ce groupe sur une durée assez longue (1990 à 1998) en les faisant passer pour les rivaux du groupe susmentionné. Alors que… non. L’origine du nom demeure à ce jour un vrai mystère et peut être considéré comme une plaisanterie cynique de plus de la part de Bortolotti. Huit années de durée incompréhensible où il n’y a pas grand-chose à dire. Des semaines et des mois et des années de recherche n’auront pas abouti à grand-chose si ce n’est à en déduire que, par ses rendez-vous manqués, ses tubes morts-nés et sa longévité absconse, Anticappella reste incontestablement l’un des groupes les plus chaos de l’Eurodance. Leur premier hit, 2√231, sort début 1991 et marche bien dans les plus grandes discothèques du monde. Et on notera que le rappeur est en réalité Rodney Bishop qui, deux ans plus tard, rejoindra Cappella. Ce qui s’appelle passer du côté obscur. Qu’est-ce qui a pu inciter Rodney à passer de Anticappella à Cappella? On ne sait pas, on ne saura jamais. Mystère.

Puis Everyday, I Wanna Love you et Movin the Beat passent sous le radar, en même temps qu’ils sèment le doute. Il faudra attendre le génial Move your Body en 1994, soutenu par le rappeur hollandais MC Fixx it (l’un des rappeurs les plus connus de l’histoire de l’Eurodance, notamment au tout début des années 90 où il fut le premier membre du projet « Twenty-4-Seven ») pour comprendre ce que veut Anticappella: faire bouger ton corps sur la compilation Dance Machine 3.

Malheureusement, à part ce Dance Machine 3, où l’on retrouve aussi bien Bjork que Valérie Dore (CHAOS), le groupe ne figurera plus jamais sur les compilations Dance Machine – le Grâal pour tout groupe Eurodance qui se respecte. La suite ne sera qu’une succession d’échecs moribonds: Express your Freedom en 1995 ne vaut pas un clou et ne rapporte pas un rond. Seuls quelques remixes de Move your Body sortis courant 1996 font gentiment illusion, au Royaume-Uni notamment. Avec de splendides intros mystiques chelous avec voix d’outre-tombe et corps dans le cercueil ayant quand même envie de mover son body, comme ici…

Le groupe, encore une fois assez indistinct, se reforme en 1998 (mais composé de qui? On n’en sait rien) avec Get Faster. Personne ne comprend, ce fut un cuisant échec qui incita Media Records à dissoudre Anticappella définitivement. En 1996, le rappeur MC Fixx it, qui avait cédé sa place au Captain Hollywood dans le groupe Twenty 4 Seven pour se consacrer à Anticappella, sort son single solo Set Me On Fire et suite à l’extinction de l’Eurodance, il ne songe plus à produire de nouvelles chansons, disparaissant totalement de l’actualité musicale. Byebye MC Fixx It. On n’a jamais rien compris à Anticappella.

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