Fondé à San Francisco en 1977 par Steven Brown et Blaine Leslie Reininger, deux étudiants en musique électronique branchés romantisme et radicalité, Tuxedomoon est un groupe de rock américain au nom bien mystérieux. Et qui, à l’image de son nom, ne ressemble pas du tout aux autres groupes de rock américains. Celui-ci est un oiseau rare, tombé à la renverse en découvrant Eraserhead de David Lynch (d’où cette reprise du In Heaven, la petite chanson de la femme au radiateur). Pour fuir l’uniformité et le formatage new wave d’alors, il a préféré fuir l’Oncle Sam pour prendre l’air ailleurs, s’exiler en Europe, en Belgique précisément. Un chemin en forme d’errance artistique qui les a amenés à signer avce une maison de disques de Bruxelles (Crammed Discs, en 1985). C’est improbable? C’est improbable et c’est Tuxedomoon. Qui a découvert le plat pays grâce à Maurice Béjart en 1982, le chorégraphe faisant appel à eux pour réaliser la musique de Divine, un ballet hommage à Greta Garbo.
Très rapidement, Tuxedomoon a cherché à innover (premier groupe de la culture underground californienne à mélanger synthés, bandes enregistrées et violons), à élargir l’impact de leur new wave crépusculaire au-delà de la convention en vigueur et du simple cadre musical, façon Peter Greenaway, voyant plus grand, plus large, plus loin que nous tous réunis. Preuve de leur ambition artistique (et seulement artistique!) dévorante: ils ont cherché à s’agrandir dès les premiers morceaux, accueillant pour cela Winston Tong, (un montreur de marionnettes venu du théâtre d’extrême-gauche), Peter Principle (un bassiste, animateur de radio libre, obsédé par la science-fiction) et Bruce Geduldig (un jeune cinéaste expérimental).
Drôle d’équipe, drôle de groupe multimédia, polyvalent et polymorphe, réellement singulier, passionné de dadaïsme, d’expressionnisme, de poésie industrielle et de néoclassicisme, attaché aux aspects visuels de ses concerts. Depuis le premier jour, se profile chez eux un dessein à la fois simple et complexe: explorer les diverses expressions anticonformistes du rock au sens le plus large, avant de se mettre en stand-by en 1988, pour mieux revenir ponctuellement pour mieux disparaître à nouveau.
C’est compliqué? C’est compliqué. Mais Tuxedomoon nous a, au moins, gratifié de belles chansons pourvues d’un élan romantique et sombre, fusion de rigidité new wave, d’emphase classique et de mélancolie traditionnelle. Parmi elles, peut-être l’une des plus connues: In a Manner of Speaking, remis au goût du jour par le groupe Nouvelle Vague.



