« Pump up the Jam, pump it up/While you feet are stompin’/And the jam is pumpin’/Look at here the crowd is jumpin’ ». BON, l’honnêteté nous oblige à confesser cette chose peu confessable si l’on n’est pas ivre: OUI, on a bougé notre cul sur le Pump Up The Jam de Technotronic, un morceau qu’il est parfait pour secouer la marmelade (hein???) sur le dancefloor. Et qui séduit aussi bien Charles-Hub des Bains Douches que Katia de la Compta. Idéal pour toutes les générations, pour tous les âges, pour toutes les classes, pour les enfants comme les grabataires, pour les branchés comme les sans-dents: qu’il vente, neige, fasse soleil, qu’on soit aux fêtes de Noël à Courchevel ou en plein été sous le soleil d’Ibiza, ça bouge son body et son booty sur Pump Up the Jam.
Une fois la satisfaction d’avoir bougé son corps, que reste-t-il? Que savons-nous réellement de cette chanson et de ce groupe? Savons-nous sur quoi nous sautillons, au juste? Surprise: il s’agit d’une reprise d’un morceau house tout aussi indélébile de Marshall Jefferson intitulé Move Your Body, mais moins joué dans les patinoires et dans les publicités à la télévision et désormais sur les Internets (ahhhh, si on pouvait vivre dans un monde sans pub!). Et aux commandes, un groupe… belge (si, si, on vous jure), issu d’un mouvement qué s’appelerio le « popcorn ».
Avons-nous mis trop de LSD dans notre jus d’orange? Absolument pas! Le mouvement « popcorn » vient d’un club situé à Vrasene, au fin fond des Flandres, en Belgique, connu à l’époque pour être le premier « méga club » d’Europe. Nés tous les deux au tout début des années 70, le popcorn et le Popcorn sont évidemment les petits cousins du mouvement Northern Soul, né au nord de l’Angleterre et qu’on présente toujours comme le précurseur incontournable du disco. Et il a participé – avec son plus fameux successeur, le new beat – à faire de la Belgique le centre du monde des musiques électroniques de danse jusqu’au milieu des 80, juste avant que les petits yeux des Européens ne se tournent vers l’Angleterre. L’idée des zozos d’alors: importer des morceaux à dominante funk, soul et boogie et les jouer au ralenti (toute une liste est précieusement repertoriée ici).
Plus tard dans les années 80, le popcorn s’est fondu dans le « Belgian new beat », un style de musique au synthé plus sombre et midtempo. L’engouement pour le new beat a créé un produit d’exportation dont les DJ du monde entier se sont emparés. Jo Bogaert, enseignant américain ayant immigré en Belgique, souhaitait introduire le hip-hop, une autre exportation américaine, et le fusionner avec les sensibilités des pistes de danse européennes, en particulier belges, pour créer une version européenne de la hip-house. Ce qui donne naissance à Pump Up the Jam, en 1988, où Bogaert a utilisé le sample de Marshall Jefferson comme colonne vertébrale du morceau. Le style recherché par Bogaert donne naissance à l’eurodance, avec des nuances de house classique, de hip-house (une micro-scène éphémère, mais efficace où les rappeurs « rappaient » ou disaient un truc incompréhensible sur des rythmes house) et de new beat. Bogaert a fait appel à la chanteuse Ya Kid K ou Manuela Kamosi, artiste hip hop congolaise et belge, pour écrire et chanter. Elle assure à la fois les parties de rap et le chant quelque peu décalé (mais toujours excellent) de la chanson.
Pour la promotion du single et de l’album, Bogaert a fait appel au mannequin congolais Felly Kilingi pour jouer le rôle de la chanteuse dans le clip et sur la pochette de l’album. Un petit tour de passe-passe qui nous rappelle le coup de Valérie Dore (spoiler: c’est Dora Carofiglio qui chante-en-fait). Que l’on se rassure: Ya Kid K reprendra sa place de chanteuse dans Technotronic sur les morceaux suivants, pas dégueu dans le genre eurodance, à savoir Get Up! (Before the Night Is Over), This Beat Is Technotronic et Move This.



