Le quatuor Killing Joke (soit littéralement « la blague qui tue »), groupe britannique fondé en 1978 à Notting Hill, se serait créé, selon la légende, dans une file d’attente de l’agence britannique pour la recherche d’emploi à la fin de l’année 1978 – en l’occurrence, la fusion disruptive entre le chanteur Jeremy « Jaz » Coleman et le batteur Paul Ferguson, rejoints par le guitariste Kenneth « Geordie » Walker et le bassiste Martin « Youth » Glover. Le groupe fait l’effet d’une sacrée tornade dans les années 80, à tel point qu’un certain Brian Eno les a signés sur son label, E.G. pour l’album Ha en 1982.
Le nom du groupe, déjà, c’est toute une histoire, partie d’une mauvaise blague de Coleman: »Killing Joke, c’est comme un soldat de la Première Guerre Mondiale. Il est dans la tranchée, il sait que sa vie est finie et qu’il va mourir… et soudain, il réalise qu’un connard de Westminster s’est foutu de lui: « Pourquoi je fais ça? Je ne veux tuer personne, on me contrôle l’esprit », explique-t-il en 1979, selon ce dossier très fourni sur le groupe auquel on vous renvoie ici. Sur scène, il apparaît le visage couvert de peintures, hurlant et annonçant la fin du monde. Show apocalyptique, synchrone avec sa décennie.
Si l’on parle toujours d’eux dans l’Hexagone en 2024, c’est en raison d’un titre qui les a révélés au grand public en 1985: Love Like Blood, extrait de l’album Night Time. Chant incantatoire, tempos hypnotiques, climats opaques, basse et batterie puissantes… le morceau claque toujours autant et, comme d’hab, ce sont ceux qui les ont faits qui en parlent le mieux, en l’occurrence la diva Coleman dans une interview donnée à Songfacts en 2015 (et lisible ici): « Ce morceau m’a été inspiré par l’auteur Yukio Mishima, qui a écrit L’éthique du samouraï et le Japon moderne », dit-il. « C’était un grand auteur. C’est son point de vue sur le fait d’écrire avec son sang en tant qu’artiste qui m’a vraiment inspiré. C’est une métaphore de l’engagement qu’un artiste doit prendre envers sa forme d’art. Et j’aimais le principe du guerrier, de la liberté avec le sang. Lorsque j’ai lu Neige de printemps, l’un des romans de Mishima, je n’ai pas pu parler pendant 24 heures après avoir lu ce livre tellement il m’a frappé. Et il m’a inspiré en même temps. » Viscéral, donc.



