Culte des années 80: Caroline Loeb – « La ouate »

Caroline Loeb a tout fait par la grâce de son énergie. Chez elle, une nouvelle idée en chasse une ancienne qui n’était finalement pas si nouvelle, avant de rétropédaler pour mieux sauter. Au moins, on n’a pas le temps de s’ennuyer avec elle. Actrice dans le ciné auteur français (Les petites amoureuses de Jean Eustache, La nuit porte-jarretelles de Virginie Thevenet ou cette merveille de Flammes d’Ado Arrietta), vendeuse des fringues chez Kenzo, styliste de photos avec Mondino… Et puis vient La Ouate qu’elle préfère, à 31 ans (dont 10 de nuits blanches, entre le Palace et les Bains Douches) et qu’elle chante en 1986.

Le morceau paraît des années après un premier album oublié intitulé Piranana (1983) et s’impose en délicieuse mollesse dans les refrains populaires. « Si j’ai remporté ce succès, c’est parce que j’avais fait tout ça avant », dit-elle dans un entretien d’époque à l’AFP. « Le plus important, c’est de compter sur ses propres forces. C’est pourquoi je ne veux pas simplement être actrice, mais écrire moi-même mes chansons ». Cette chanson-là, qu’elle a co-écrite avec Pierre Grillet et qui a été composée, arrangée, produite par Philippe Chany au travers de sa société Chany Music, signée en licence chez Barclay par Philippe Constantin, a connu une notoriété soudaine. Et cela après bien des galères – toutes les maisons de disques avaient avant refusé la chanson, ou alors à une condition, qu’elle soit interprétée par Stéphanie de Monaco.

Peut-être que La Ouate a trouvé sa bonne place dans cette décennie de variété française de qualitay (merci les radios libres!), avec la TR-808 (la boîte à rythme en vogue à l’époque), les guirlandes de synthétiseurs, les chœurs inspirés par la musique soul et un fond très secret de mélancolie des lendemains qui déchantent qu’on affectionne beaucoup par ici. Dans l’industrie du disque, j’étais assez punk », confie-t-elle à nos confrères et ennemis de Gala. « Je n’avais peur de rien, de personne, je disais ce que je pensais. Je suis allée à l’unique concert des Sex Pistols. On avait une âme de punk, on était « no future ». Les années 1980, ce n’était pas que des paillettes et du flou, c’était plus sombre aussi. » Comme on aime aussi les anecdotes, sachez que parmi les choristes qui disent « C’est-la-watttttt », figure l’humoriste Dominique Farrugia, réquisitionné à la dernière minute. Pourquoi? Comment? C’est la vie, comme dirait Robbie Nevil.

Commercialisé en fin d’année 1986, le titre atteint en France la 5e place du Top 50 en 1987 et se vend à environ 300.000 exemplaires. Caro a voulu sortir un nouvel album, sobrement intitulé Loeb C.D., paru en 1987. Sachez qu’il existe une (bonne) version anglaise intitulée And So What dont Caroline Loeb est l’adaptatrice (avec Serge Grunberg) et l’interprète, parue chez Sire Records la même année. Une version anglaise qui n’a pas eu le même impact que la version française. En revanche, dans notre pays du bon goût partageable, la notoriété de ce tube-gueule-de-bois demeure, et ce, des années après, rejoignant les inépuisables Voyage, Voyage de Desireless (qui n’en est jamais revenue) et Etienne Etienne de Guesch Patty (qui… non rien). À tel point qu’elle en-peut-pu-de-la-wat, Caro: « Je suis très identifiée à une chanson et beaucoup moins pour toutes les autres que j’ai pu faire après ce tube », regrette-t-elle.

Dans les années 90, on entend moins Caroline Loeb chanter. Mais on l’entend quand même dans le poste. L’ancienne queen des Bains creuse la veine gouailleuse et insolente d’un humour qu’elle a testé notamment à la radio (Nova, RTL, les petits déjeuners de Laurent Ruquier sur France Inter). Depuis 2004, l’assureur MAAF a déterminé sa super mélodie pour son atroce slogan « C’est la MAAF », s’octroyant le record peu enviable de la vente forcée et de l’incruste auditive. Mais sans avoir, a priori, sur la durée, trouvé un accord avec l’auteure, d’où quelques épisodes juridiques.

Heureusement, Caroline a de la suite dans les idées et des idées pour revenir. Parce que C’est la ouate, c’est plus fort que le Covid-19: sur son compte Facebook, Caro a demandé à ses amis (Jean Paul Gaultier, le cuisinier Fabrice Bonnot, le journaliste Laurent Petitguillaume – qui n’a PAS CHANGÉ -, le DJ iconique du Palace et des Bains Douches Guy Cuevas et à tous les inconnus qui le souhaitent de se filmer chez eux) de chanter C’est la Ouate en se filmant. « Le 8 avril, j’ai eu un flash », raconte-t-elle au Figaro. « J’ai réalisé que C’est la ouate était vraiment une chanson de confinement. C’est le cocooning, on est sous la couette. » Bien ouej, Caro.

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